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Dans la besace du géographe, des photographies de quelques terrains parcourus

Les instantanés

Journaliste en vadrouille sur les routes de France et de Navarre

No 71 - Mysticisme


Ouagadougou, le 11 août 2010, 20h 

Dans un village, des parents ont perdu leur enfant de deux ans. Ils ont demandé l’aide d’un druide, un dozo. Celui-ci a désigné une vieille femme comme coupable. Malgré les interrogations persistantes des parents, celle-ci ne répond pas. Cela fait quatre jours. 

« Pourquoi il n’est possible de lui jeter un sort ? » C’est une question d’honneur. « Elle n’est probablement pas coupable. Mais elle défend une de ses protégées. » 

Non, je ne suis pas au coin d’un feu à Tengrela avec des anciens mais dans un maquis à Ouagadougou avec un responsable du PNUD, deux chefs d’entreprise, une secrétaire de direction. 

Nous avons continué la conversation sur les méthodes de santé traditionnelles : la poudre pour éviter les césariennes, les remèdes pour guérir de la folie… 

Comment intégrer ces savoirs à la justice ou à la santé, c’est ce qui intéressait la tablée. Comment mettre en valeur cette forme de savoir alors qu’il tend à disparaître

Une partie d’arnaque, une question de maîtrise de la puissance de certains agents et l’éternel mimétisme des Burkinabè (Africains) sur les Français (Occidentaux), c’est ce qui freine l’intégration de ce savoir-faire à un corpus de connaissances modernes.

No 69 - Premier reportage


Ouagadougou, le 11 août 2010, 10h 

Aurais-je une semaine d’avance sur mon programme de stage ? Aujourd'hui, j’assiste à mon premier reportage, le terrain que j’attends… 

Nous sommes partis en voiture. Nous égale le journaliste, deux techniciens, le chauffeur et moi-même. Nous avons tourné quelques temps avant d’arriver dans une petite salle, peu éclairée, moite, agrémentée de cinq rangées de bancs. Un homme a lu son discours, nous avons pris des notes avant que ce même discours nous soit distribué. A la sortie de la conférence de presse, Mathieu Somda, le journaliste, a posé quelques questions à Me Sankara. 

Une petite heure de parlotte, trois quarts d’heure d’attente… La radio nationale se déplaçait à la conférence de presse du principal parti de l’opposition, l’UNIR-PS.

No 68 - Innocence, crédulité




Ouagadougou, le 10 août 2010, 19h30 

Ce midi, j’ai emprunté un taxi pour revenir quelques temps à la maison. Rien de particulier à cela, je voulais soulager la famille qui m’accueille et dormir un peu. 

Tout de suite, je discutais avec Eliane sur le trajet du retour. J’ai payé l’équivalent de six trajets. 

Plus tôt, j’avais gentiment demandé combien je devais au chauffeur. Il m’a répondu 6 000 francs, j’ai un peu réfléchi en effectuant une conversion rapide, 9 €, mais n’ayant aucune conscience du coût de la vie, je n’ai guère relevé. 

L’anecdote m’agace particulièrement.

No 67 - Les 4X4


Ouagadougou, le 9 août 2010, 14h 

La ville de Ouagadougou est envahie de 4X4 tous terrains, marque de richesse. En l’absence de réel code de la route, de signalisation… la règle du plus gros véhicule prime. Les 4X4 sont donc rois. Mais pas nécessairement les plus solides. 

Vendredi dernier, un peu avant la pâte d’oie, un 4X4 Murano, souhaitant éviter un chien (qu’il a tué) s’est retrouvé les quatre fers en l’air. Oui, comme ça ! 

Alors qu’en Europe ces véhicules sont montrés du doigt pour leur forte pollution, le prix d’achat ici a diminué. 10-15 millions de Francs CFA suffisent pour s’offrir ce véhicule d’apparat, soit entre 15 267 et 22 900 €. 

Pourtant ce véhicule pourrait s’avérer utile en brousse comme en ville. Les routes ne sont pas toutes recouvertes d’asphalte. Peu importe en réalité, car les précipitations de l’hivernage ont un puissant pouvoir érodant et c’est donc la présence ou non de caniveaux qui déterminera l’état des routes.

No 66 - Sermonnée


Ouagadougou, le 8 août 2010, 10h 

A la sortie de la messe, la grande famille s’est retrouvée chez un oncle. Un oncle qu’ils n’ont pas l’habitude de saluer. 


Une fois l’ensemble des convives assis et l’oncle levé, le sermon d’une grosse demi-heure a débuté. Parmi l’assistance se trouvait deux petits enfants de ce couple mais pas leurs parents. Et c’est bien ce que l’oncle leur reprochait. Il n’a pas vu ses enfants depuis plus d’un an. 

Il a maudit les enfants et leurs enfants. C’était plus impressionnant déjà. Tu es beaucoup moins à l’aise dans tes baskets. Les enfants, très jeunes, ont commencé à pleurer, et puis leurs tanties, et puis un tonton a tenté d’abréger nos souffrances. 

Un certain malaise a plané. Ce que j’en ai retenu est un peu différent. Cet homme reprochait à ces enfants que dans leur montée fulgurante et la conquête de l’argent facile, ils en oubliaient leur famille et peut-être même leurs valeurs.