Les articles

300 mots et une sélection de références autour d'un sujet géographique

Les brouillons

Idées griffonnées dans la marge des feuilles de cours

Les notes

Quelques mots des conférences, colloques, films, rencontres, etc.

Les photographies

Dans la besace du géographe, des photographies de quelques terrains parcourus

Les instantanés

Journaliste en vadrouille sur les routes de France et de Navarre

Affichage des articles dont le libellé est Géographie suédoise. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Géographie suédoise. Afficher tous les articles

De la géographie politique à la géopolitique

gear by © Anti-Pati-ya
gear by © Anti-Pati-ya
     Friedrich Ratzel et Rudolf Kjellén sont-ils à l’origine de la géopolitique ? Paul Claval offre une transition entre Ratzel et Haushofer toute en fluidité tandis qu’Yves Lacoste et Michel Korinman assurent une distinction formelle, une rupture entre la géographie politique et la géopolitique d’Haushofer. 

     Classiquement, la géographie politique se distingue de la géopolitique ; la première décrit, la seconde explique. S’il on s’en tient à cette différenciation alors pourquoi ne pas considérer les travaux de Ratzel et de Kjellén comme tenant de la géopolitique. En effet, ceux-ci ne décrivent plus simplement l’organisation du monde mais développent un système d’explications : des facteurs justifiant cet ordre mondial.

     Le second argument, il me semble, ne dément pas le précédent. Ratzel et Kjellén offrent une théorie compliquée, issue des sciences naturelles. Mais elle ne propose rien aux politiques, elle n’expose pas de plan d’action. La geopolitik apparaît à la suite de la Première Guerre Mondiale dans laquelle l’Allemagne est perdante. Ainsi, c’est en opposition avec cette géographie politique trop théorique et académique qu’émerge une géopolitique plus pragmatique. 

     Quelques recyclages s’opèrent ! Le nom de géopolitique sera emprunté à Kjellén par Karl Hausofer, tenant de la geopolitik allemande. Les emprunts aux écrits de Kjellén semblent limités. Néanmoins, cet auteur facilite la lecture de l’œuvre de Ratzel, Politische Geographie, en proposant une vision concise de la métaphore organique.

     Si la notion de Lebensraum est réemployée, c’est qu’elle est assez commode. Suite au traité de Versailles, l’espace national allemand a été amputé. Pour les milieux pangermanistes, le peuple allemand est trop à l’étroit dans son espace et ne peut se développer, s’épanouir comme il se doit. L’espace nécessaire à sa croissance n’est pas garanti. L’Etat se doit de procurer un espace suffisant au peuple allemand. 

     Autre emprunt au travail de Ratzel : les frontières ne sont pas fixes et elles évoluent naturellement selon les phases de la vie d’un Etat. Cette non-fixité des frontières permet de dénoncer les tracés du traité de Versailles. La géopolitique utilise des éléments de la pensée de Ratzel mais les lie à une action immédiate. 

     Le travail de Ratzel est très daté et très ancré au XIXe siècle. De nombreux peuples germanophones ne vivent pas au sein des frontières de l’Etat allemand. La frontière orientale reste floue. Sa géographie politique ne s’applique qu’aux Kulturvölker et explique les relations européennes du XIXe siècle. 

     Rudolf Kjellén s’accorde lui aussi à son temps. La Suède est un pays rural et pauvre de l’Europe, l’industrialisation commence juste alors que la population fuit vers le nouveau monde. Les libéraux au pouvoir entretiennent un appareil Etatique minimum. Ainsi, il s'oppose à une simple vision juridique de l'Etat et affirme ses constituants naturels = la géo-politique et ses constituants culturels = l'ethno-politique. Mais surtout, Kjellén est fasciné par la culture cosmopolite allemande de l’Europe centrale et c’est auprès d’académiciens allemands qu’il recevra l’attention.

Bibliographie sélective :
CLAVAL Paul, (1984), Géographie humaine et économique contemporaine, PUF : Paris
KJELLEN Rudolf, (1916), Staten som livensform, Hugo Gebers förlag : Stockholm
KORINMAN Michel, (1990), Quand l'Allemagne pensait le monde - Grandeur et décadence d'une géopolitique, Fayard : Paris
LACOSTE Yves (dir.), (1993), Dictionnaire de géopolitique, Flammarion : Paris
TUNANDER Ola, (2001), Swedish-German geopolitics for a new century Rudolf Kjellén’s ‘The State as a Living Organism’, p 451-463, in Review of International Studies n° 27
TUNANDER Ola, (2008), Geopolitics of the North: Geopolitik of the Weak – A Post-Cold War Return to Rudolf Kjellén, p 164-184, in Cooperation and Conflict: Journal of the Nordic International Studies Association Vol 43 n°2

Rudolf Kjellén, la géo-politique

 Preparing for war.. by © Techno2000
 Preparing for war.. by © Techno2000
     Rudolf Kjellén est un universitaire suédois, spécialiste de sciences politiques, formé à la toute jeune université de Göteborg. Il emploie, pour la première fois, la contraction de géographie politique = la geopolitik.

     Kjellén est aussi un chanteur, et c’est en cette qualité qu’il parcourt le monde. De 1911 à 1914, il écrit sur les grandes puissances, Stormakterna I-IV puis Samtidens stormakter. Son ouvrage majeur, Staten som livensform, publié en 1916, connut plus de 25 éditions en Allemagne. Il ne fut jamais traduit en anglais ou en français.

     Selon Kjellén, l’Etat n’est pas une simple entité juridique mais un organisme dynamique. On retrouve quelques références à Ratzel dont il commentât l’œuvre. L’Etat est composé d’un appareil de gouvernement, un espace = la géo-politique et d’un peuple, d’une nation = l’ethno-politique. L’Etat n’est pas un mélange de cette entité naturelle et de son pendant culturel ; ce sont les deux éléments complémentaires et constitutifs de l’Etat. Ainsi Kjellén offre une théorie de l’Etat et n’a jamais imaginé la géopolitique isolée de son pendant culturel, l’ethno-politique. La démonstration de Kjellén débute avec l’étude des discours journalistiques à propos de l’Etat : l’Uncle Sam, la mère suédoise Moder Svea, etc. Tout au long de l’ouvrage, il utilise la métaphore. Lorsque le corps est amputé, il cherche à développer au maximum ses autres membres afin de combler cette perte. Le corps ne cherche pas um membre de remplacement. La Suède, qui subit ses dernières pertes territoriales au XIXe siècle, doit alors intensifier la colonisation de ses régions nordiques afin de compenser la perte du territoire finnois. 

     Kjellén s’est engagé politiquement mais s’oppose aux libéraux au pouvoir qui entretiennent un appareil Etatique minimal ainsi qu’aux socialistes qui développe celui-ci au maximum. Curieusement, les sociaux-démocrates s’inspireront de Kjellén quand aux questions démographiques ou encore la mise en valeur des régions nordiques. 

Bibliographie sélective :
KJELLEN Rudolf, (1916), Staten som livensform, Hugo Gebers förlag : Stockholm
KORINMAN Michel, (1990), Quand l'Allemagne pensait le monde - Grandeur et décadence d'une géopolitique, Fayard : Paris
TUNANDER Ola, (2001), Swedish-German geopolitics for a new century Rudolf Kjellén’s ‘The State as a Living Organism’, p 451-463, in Review of International Studies n° 27
TUNANDER Ola, (2008), Geopolitics of the North: Geopolitik of the Weak – A Post-Cold War Return to Rudolf Kjellén, p 164-184, in Cooperation and Conflict: Journal of the Nordic International Studies Association Vol 43 n°2

Etudier la géographie en Suède

 KRICHEWSKY Léna, MILHAUD Olivier, PETTINAROLI Laura, SCOT Marie (dir.), (2007), Guide de l’étudiant européen en sciences sociales, Belin : Paris
Ce petit livre bleu synthétise quelques expériences Erasmus afin de guider les nouveaux étudiants dans cette aventure. Dans le cadre de l’épistémologie, cet ouvrage nous offre un panorama de la géographie en Europe. Chaque pays présente une communauté, ses grands noms, une discipline plus ou moins académique, des spécificités. Après un échange de 10 mois à l’université de Stockholm, je tente l’exercice pour la géographie en Suède.
3 Etudier la géographie en Suède

     En Suède, on suit une Licence de géographie humaine ou bien une des Licences de géographie physique. Chaque enseignement vaut 7,5 ECTS soit 5 semaines, ce qui facilite les comptes Erasmus ! En Master, un enseignement est égal à 15 ECTS soit 10 semaines. On enchaîne un cours après un autre sans chevauchement. Le calendrier universitaire est de 40 semaines soit 10 semaines de plus qu’en France. C’est un long travail d’endurance ! 

     En règle générale, un enseignement comporte des lectures, des seminars et éventuellement des laboratories (pour la méthodologie). Attention, les premiers temps peuvent être déconcertants, l’enseignant est un animateur plus qu’un professeur : il répartit le temps de parole, recentre les débats durant les seminars ; présente la littérature durant les lectures, répond à d’éventuelles questions. Mais l’enseignant ne donne pas son avis, ne prend pas position dans un débat. Le retour en France peut s’avérer difficile aussi !

    Excepté durant les enseignements de méthodologie, chaque semaine comprend, en moyenne, quatre heures de présence réelle à l’université. L’essentiel du temps est composé de lectures obligatoires qui font l’objet d’examens, les home assignments. La participation au séminaire est également jugée ce qui exige une préparation. Souvent, un « dossier » valide une matière. Plus spécifiquement à la géographie, les sorties terrains sont nombreuses mais ce sont les étudiants qui les préparent. Les professeurs ajoutent des éléments ponctuels.

     Les devoirs sur table sont rares car ils mobilisent du personnel (un surveillant pour 10 étudiants), des locaux. Le home assignment est un devoir de 24, 48 ou 72 heures. L’énoncé du devoir est déposé sur la plateforme pédagogique à 9h et les réponses doivent être postées dans les heures qui suivent.

     En général, le travail écrit est essentiel dans le cursus du géographe. L’obtention de la Licence est sanctionnée par un travail de recherche de 30-50 pages, le Master par un mémoire, etc. On exige des étudiants une rigueur et une précision bien plus élevée qu’en France. Le système de référence est très développé, il est impératif de justifier ses écrits, de se placer par rapport aux auteurs internationaux, aux courants de pensée.

     L’ensemble de ces éléments est inscrit sur le livret du cours distribué lors de la première séance : objectifs, langue d’enseignement, calendrier, devoirs, bibliographie. Beaucoup d’enseignements se font en langue anglaise mais pas l’intégralité. Souvent, les Masters sont en anglais. Pour un échange Erasmus, les deux calendriers correspondent bien puisque les Suédois commencent plus tôt, mi-août, et finissent fin mai (pas d’interruptions de cours au second semestre). Toutes les universités suédoises ne proposent pas la géographie, en particulier la plus ancienne Uppsala. Göteborg possède un département pointu en géographie économique. La géographie du tourisme est une spécialité de Umeå, avec une participation des géographes allemands.

Bibliographie sélective :
KRICHEWSKY Léna, MILHAUD Olivier, PETTINAROLI Laura, SCOT Marie (dir.), (2007), Guide de l’étudiant européen en sciences sociales, Belin : Paris

Contours de la géographie en Suède

 KRICHEWSKY Léna, MILHAUD Olivier, PETTINAROLI Laura, SCOT Marie (dir.), (2007), Guide de l’étudiant européen en sciences sociales, Belin : Paris
Ce petit livre bleu synthétise quelques expériences Erasmus afin de guider les nouveaux étudiants dans cette aventure. Dans le cadre de l’épistémologie, cet ouvrage nous offre un panorama de la géographie en Europe. Chaque pays présente une communauté, ses grands noms, une discipline plus ou moins académique, des spécificités. Après un échange de 10 mois à l’université de Stockholm, je tente l’exercice pour la géographie en Suède.
2 Contours de la géographie en Suède

     En Suède, comme dans l’ensemble des pays nordiques, la géographie appartient aux sciences de la terre. Les géographes suédois ont su profiter de l’émergence des sciences de l’environnement afin de consolider leur rôle dans la société. Au sein du Geovetenskapens hus, un département de géographie humaine Kulturgeografiska est délimité. Le terme de géographie est souvent restreint à l’usage de ce département. Malgré son institutionnalisation, la géographie n’est qu’une option du cursus secondaire. Par conséquent la géographie humaine, méconnue des étudiants, forme de petits effectifs mais un meilleur encadrement.

     Tout comme les géographes français, les Suédois s’attachent à conserver un large champ disciplinaire. La spécificité suédoise est la Time Geography initiée par Hägerstrand. Pour quelques applications françaises, on pourra consulter les travaux de Sonia Chardonnel à Grenoble. Cependant, cette démarche plutôt quantitative demeure ponctuellement utilisée au sein des recherches universitaires. La géographie du genre, d’origine anglo-saxonne, est incontournable dans les recherches suédoises. Ces deux approches géographiques s’illustrent au sein des projets d’aménagement du territoire, toujours lié à la géographie.

    A l’université de Stockholm, l’historical geography, également en provenance du monde anglo-saxon, bénéficie d’une équipe de recherche propre. Elle s’attache à une géographie de l’histoire, à l’épistémologie au travers d’outils mobilisés par les historiens (la carte, le cadastre, le carnet de voyage), au paysage comme une superposition de périodes historiques. 

     L’absence de la géopolitique interroge encore les Français. Certes Kjellen était suédois mais c’est au contact de la géographie allemande qu’il établit le terme de geopolitik. Les geopolitics anglo-saxonnes, qui ne sont pas proprement géographiques, n’ont pu intégrer le cursus suédois. La géographie suédoise est-t-elle hermétique à l’étude du politique ? Pas tout à fait, la political ecology, toujours en provenance du monde anglo-saxon, est mobilisée dans des études rurales des Suds.


     L’outil du géographe suédois est le SIG qui suppose une maîtrise des outils de cartographie ainsi que des statistiques. On insiste aussi sur la « mise en page » du SIG afin de communiquer vers un public non-connaisseur. Les étudiants de licence reçoivent en moyenne 60 ECTS d’enseignements méthodologiques ce qui leur assure des débouchés sur le marché du travail. La France étant une exception, il n’existe pas de cursus « professionnalisant » en Suède. 

    La géographie communique avec d’autres sciences : les sciences de la vie, la chimie, la physique, l’informatique. A Stockholm, il existe des passerelles entre les bâtiments. La géographie humaine communique plus facilement avec la démographie, parfois avec l’économie. 

     Les géographes suédois s’imprègnent des courants qui traversent la communauté anglo-saxonne. La revue Human Geography est publiée en langue anglaise. Les équipes universitaires scandinaves et nordiques sont aujourd'hui supplantées par de plus larges programmes européens. Ainsi Brita Hermelin et Lukas Smas participent National, European and Global Networks.


Bibliographie sélective :
KRICHEWSKY Léna, MILHAUD Olivier, PETTINAROLI Laura, SCOT Marie (dir.), (2007), Guide de l’étudiant européen en sciences sociales, Belin : Paris


NB : Pas de - 1 Brève histoire de la géographie en Suède -, je n'ai pas les connaissances pour l'écrire.

La Time Geography

© B a r ش a { أحبج يا كويت }
     La Time Geography est la spécialité suédoise en matière de géographie. C’est sur cette association du temps et de l’espace que l’étudiant Erasmus ressent quelques difficultés de compréhension. Pourtant, il ne faudrait isoler cette démarche au risque de lui offrir une place démesurée dans la production académique suédoise. En effet, la Time Geography est une méthode quantitative or, tout comme en France, un retour au qualitatif succède au approches quantitatives des années 1960.

     La Time Geography s’organise autour du professeur Torsen Hägerstrand. Celui-ci profite des débuts des techniques informatiques afin d’intégrer l’échelle du temps aux déplacements dans l’espace. Hägerstrand travaillera les grandes échelles. Il s’agit, par exemple, de représenter les déplacements dans l’espace de quatre membres d’une famille au cours d’une journée « ordinaire ». Il faut noter que la géographie est traditionnellement associée aux sciences de la terre en Suède. A l’opposé, les géographes français entretiennent un lien singulier avec l’histoire. Par conséquent, intégrer l’échelle du temps à l’espace s’exprime différemment dans nos deux pays.

     Aujourd’hui, la Time Geography est intégrée comme simple outil de recherche au sein d’articles suédois. Elle peut être associée au SIG.

     Thulin et Vilhelmson ont mobilisé cet outil afin d’étudier la redistribution des mobilités auprès des jeunes populations suédoises avec la diffusion du téléphone portable et d’Internet. Leur introduction dans nos sociétés a annoncé « la mort de la géographie ». Pourtant…

     Avec Internet, le temps passé à la maison augmente au détriment d’activités telles que le sport, le cinéma, les sorties aux café, etc.. Le déplacement dans l’espace physique est restreint. Dans une certaine mesure, Internet renforce des relations. Les listes d’« amis » sont composées de personnes que l’on côtoie ou que l’on a connues. Alors, il serait difficile de parler d’isolement social. Internet contribue aussi au maintien de relations, parfois ténues, tandis qu’une plus grande mobilité nous ait demandée.

      Le téléphone mobile diffère. Tout d’abord, il évite l’attente du coup de fil à la maison donc il prom eut la mobilité. A l’opposé de quelque utilisateur d’Internet, socialement isolé, le téléphone portable traduit une intense vie sociale. Cependant, l’échelle du temps est accélérée et l’utilisatrice se trouve en permanence connectée, en permanence disponible.

     Enfin depuis quelques temps, vous pouvez être mobile dans l’espace physique ainsi que dans un espace virtuel. Les transports en commun sont les lieux les plus représentatifs lorsque vous regardez la télévision, discutez avec des amis ou écoutez de la musique tout en vous déplaçant d’un point A à un point B.

      Pour un exemple français, on pourra consulter l'article de Sonia Chardonnel qui compare la mobilité au sein des parcs naturels dans la Revue de Géographie alpine.


Bibliographie sélective :
LENNTORP Bo, (2008), Time Geography - a brief presentation
THULIN Eva, VILHELMSON Bertil, (2008), The Internet, Mobile Phones and the Geographies of Everiday Life, Department of Human and Economic Geography : University of Gothenburg

Welcome to Stockholm's Arlanda-airport

     Nils Holgersson est un jeune garnement de 14 ans transformé en tomte alors qu’il multiplie les bêtises dans la ferme de ses parents. Martin Jars est le grand jars blanc de la ferme et à chaque printemps, les prétentieuses oies sauvages le narguent lors de leur remontée vers la Laponie. Cette année, il est bien décidé à rejoindre le vol d’Akka de Kebnekaïse et ce, même en compagnie de cet affreux chenapan. Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède est un ouvrage écrit par Selma Lagerlöf, répondant à une commande de l’éducation nationale. L’initiative rappelle Le Tour de la France par deux enfants d’Augustine Fouillée.

     Découvrir la Suède à dos d’oie est somme toute agréable ! Les paysages se déroulent sous vos pieds. Les légendes de chaque terroir vous sont contées par les plus vieilles oies, ces baroudeuses. Ces contrées nordiques, froides et stériles, terres d’Ikea et d’HM se dévoilent du Sud vers le Nord. Selma Lagerlöf utilise l’arbre afin de définir des ensembles physiques cohérents : un climat, un sol, un couvert végétal, un régime hydrographique associé à une morphogenèse. Les occupations humaines traduisent les diversités du sol, du relief, l’existence de saisons intermédiaires, etc. comme un semblant d’harmonie si propre à l’idylle suédoise. Seule la ville de Stockholm est décrite.

     Quelque illustration : Il était une fois… un géant qui aimait se rendre à la pêche. Le Blekinge se situe au Sud de la Suède aux bords de la mer Baltique. Afin d’approcher cette mer si riche en saumons, le géant empruntai un escalier de trois marches < des failles pardi > aux paysages distincts. La première marche est constamment balayée par les vents du Sud. Le sol composé de moraines en est profondément altéré et la végétation qui souffre également de l’apport de sel est halophile et xérophile. Un cordon côtier résiste néanmoins avec ces arbres et arbustes rabougris – le port en drapeau. La seconde marche est celle de la transition, c’est donc la plus riche mais aussi la plus fragile (un peu comme un estuaire entre fleuve et mer). Les glaciers se sont attardés sur la troisième et dernière marche. Ils y ont déposé leurs moraines constituant un sol épais, moutonné, percé de quelques lacs. La forêt y a prit ses aises. A la fin de sa vie, le géant se déplaçait fort mal. De rage, il lança un jour d’énormes blocs de pierre qui composent aujourd'hui ces îlots de la côte du Blekinge. C’est pourquoi, les saumons si effrayés remontèrent les cours d’eau – les fjords. 

     L’écriture est fluide, le ton pertinent, le voyage est passionnant. Et c’est ainsi que je rejoins ma terre d’accueil, la Suède et le département de géographie humaine de l'université de Stockholm.

Bibliographie sélective :
BRUNET Roger dir., (1995), Géographie universelle : Europe médiane - Europe du Nord, Reclus-Belin : Montpellier
LAGERLÖF Selma, (1906), Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, traduction française chez Actes Sud
COSMOPOLIS, (du 4 au 17 février 2008), La Quinzaine nordique, Cosmopolis : Nantes