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300 mots et une sélection de références autour d'un sujet géographique

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Dans la besace du géographe, des photographies de quelques terrains parcourus

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Exercice de style

Whispers at night
Petit bijou stylistique, vois-tu les historiens sont parfois décrits comme des écrivains ratés… Des écrivains ratés, certes mais qui écrivent incontestablement mieux que les géographes. Alors il nous faut de temps à autres avancer les ouvrages particulièrement bien écrits. Ont-ils du mérite pour autant ? Il s’agit bien souvent de géographes dont la formation historique est plus élevée que la moyenne. Encore un préjugé qui connaîtra une vie prospère. 

Aujourd'hui, je voulais donc te présenter un morceau choisi du livre Géographie humaine et économique contemporaine où M Paul Claval imagine un sujet traité de six manières différentes selon l’époque, l’école, le paradigme. 

Petit aperçu : 

Chapitre 2 : Un exemple : Montréal et le Québec vus à travers les trois conceptions classiques de la géographie p 39-54

I Le Québec et Montréal : l’optique régionale p 39-43
II Le Québec et Montréal : l’optique des relations des hommes et du milieu p 44-48
III Le Québec et Montréal : l’optique du paysage p 48-53
IV Conclusion p 53-54


Chapitre 6 : Montréal et le Québec selon les conceptions modernes de la géographie p 129-145

I Le Québec et Montréal vus par les géographes systématistes des années 1960 p 130-137
II Le Québec et Montréal à travers les développements théoriques des années 1970 p 137-140
III La vue radicale du Québec et de Montréal p 140-142
IV Le factice et l’authentique : pour une appréhension phénoménologique de la réalité québécoise et montréalaise p 143-145


Il me semble que cet exercice est enrichissant pour l’épistémologie. Parfois, deux chercheurs peuvent se croiser sur un unique terrain ou objet géographique avec deux approches géographiques dissemblables. C’est ainsi que Sylvie Jaglin (géopolitique) et une collègue canadienne (genre) obtinrent des conclusions quasi-opposées alors qu’elles étudiaient l’impact du forage d’un puits dans une communauté burkinabé. 

CLAVAL Paul, (1984), Géographie humaine et économique contemporaine, PUF : Paris 

La géographie du genre et ses apports

feminist by © red-moonlight
feminist by © red-moonlight
     Cette semaine, j’inaugure un nouveau type d’épreuve : un oral pour sanctionner la séquence d’épistémologie de la géographie. Nous pouvons présenter un livre de notre choix au sein des bibliographies de la séquence, ou bien, répondre à une question parmi une trentaine.

     J’ai préféré le sujet 2 avec la question Quels sont les apports de la géographie du genre à la géographie ? Le temps de parole est de 7 à 10 minutes ! 

     Le genre est un sujet très délicat au sein de la géographie française. Les critiques sont féroces envers cette branche anglo-saxonne qui s’attache à la (dé)construction sociale qu’est le genre.

     Je suis Française. Lors de mon arrivée à Stockholm, j’étais aussi réticente que mes collègues ou professeurs. Et puis, j’ai découvert des réflexions bien plus subtiles que ce que nous offrent les détracteurs français. Le genre n’est pas une spécialité nordique mais le courant reçoit un écho favorable en raison d’un contexte social et politique marqué par une émancipation avancée de la femme. Mais employer la notion de genre en géographie ne se résume pas à l’activisme au sein de mouvements féministes. Oui, quelques géographes se sont interrogés sur le rôle de l’espace dans la construction du genre, et parfois des inégalités de genre. Mais le mouvement a également questionné nos outils, nos méthodes. Non, chaque article de géographie des genres ne conclut pas sur une critique de l’homme, blanc, occidental et hétérosexuel dominant l’autre, les autres.

     J’estime que l’on peut critiquer cette approche et ses résultats lorsqu’elle est exclusive, tout comme l’utilisation abusive française de la géopolitique !

     Autre souci du sujet : comment individualiser les apports de la géographie du genre parmi les évolutions de la géographie ? Depuis les années 1960, le genre n’est pas la seule préoccupation du géographe : la race et les post-colonial studies, la classe et la radical geography, un retour général à une approche qualitative mais aussi les SIG et le développement durable dont ont su s’emparer certains géographes. Alors, à qui revient le mérite ?

 Mon texte d'appui à l'oral
Mon texte d'appui à l'oral

Bibliographie sélective :
BERG Nina Gunnerud, FORSBERG Gunnel, (2003), Rural geography and feminist geography: Discourses on rurality and gender in Britain and Scandinavia, p 173-190, dans Voices from the North – New Trends in Nordic Human Geography, Ashgate: Aldershot
SETTEN Gunhild, (2003), Landscapes of gaze and practice, p 134-144, dans Norsk Geografisk Tidsskrift – Norwegian Journal of Geography, Vol 57, Oslo
CRAVEY Altha J., (2007), ‘El otro lado’ and transnational ethnographies, p 245-254, dans TICKELL Adam, SHEPPARD E, PECK J, BARNES T, Politics and Practice in Economic Geography, Sage: London

Avant la géopolitique, c'était simple

The ring is callin' by © AataRax-ya
The ring is callin' by © AataRax-ya
     Avant, c’était lorsque j’étais en Licence. La géopolitique était une approche méthodologique qui avait deux origines :
- une allemande avec les noms de Ratzel et Haushofer
- une anglaise avec Mahan et MacKinder


     Et puis, en France, la géopolitique était devenue taboue. Car la géopolitique était une science praxéologique utilisée par des politiques allemands, justifiant les actions du IIIème Reich. Alors à la fin des années 1970, des chercheurs tentant d’expliquer le conflit vietnamien, la révolution iranienne ou encore les manœuvres des Soviétiques en Afghanistan sortent du placard cet outil. Ils ne sont pas nombreux, Yves Lacoste sera le grand Monsieur.

     Durant ma licence, j’ai croisé le nom d’Yve Lacoste… Mes lectures, lorsque j’ai choisi la géopolitique comme option, m’ont amené à François Thual, Aymeric Chauprade, Michel Foucher et Stéphane Rosière en dehors des traditionnels auteurs d’Hérodote (Barbara Loyer, Béatrice Giblin, Jean-Luc Racine, Frédérique Douzet, Alain Gascon). C’était la licence, c’était le bon temps et j’ai pu écrire une introduction (english version) à la géopolitique française pour mes enseignants du département de géographie humaine à Stockholm. Un comble, Kjellén n’était pas Suédois ?

     Aujourd’hui, bienvenue dans les querelles de chapelle du monde académique parisien. La géopolitique, c’est une discipline (Yann Richard), c’est une approche qui ne devrait même pas être enseignée puisque ce n’est pas une discipline (Michel Foucher). Elle est au service de la praxis, elle est praxéologique (Michel Foucher) alors qu’à Nantes, et dans les propos de Sylvie Jaglin, la géopolitique n’était surtout pas une science praxéologique (ni une science, ni praxéologique) puisque c’est ce point précis qui amena aux dérives allemandes.

     La géopolitique a pour origine Carl von Clausewitz, Alfred Mahan et Julian Corbett (Yann Richard). Bon, on cherche tout de même à saluer les Français : Paul Vidal de la Blache, Jean Gottmann. Après tout, ils cherchaient eux aussi le lien entre espace et pouvoir politique.

     La renaissance de la géopolitique en France est due à deux hommes : Yves Lacoste, Jacques Soppelsa (dixit Jacques Soppelsa). Mais en réalité, il n’existe pas une géopolitique française mais une unique géopolitique (Yann Richard). A l’opposé, d’autres vous proposent une géopolitique française, une geopolitics anglo-saxonne, une démarche allemande et une tradition latino-américaine, un peu militaire tout de même ? Avec tout ça, j’ai même découvert une géopolitique italienne autour de la revue Limes, à l’origine d’Heartland.

     La puissance est un concept central de la géopolitique (Yann Richard). Il me semblait pourtant que la puissance était la notion centrale des relations internationales tandis que les enjeux de pouvoir sur un territoire occupaient les géographes que nous sommes. A propos, comment différencie-t-on la géopolitique de la géographie politique, de la géostratégie et des relations internationales ?

     Je vous épargne. Vous aussi, surfez sur la vague géopolitique !

Sélection d’enseignements :
DEBIE Franck, (2010), Géopolitique des processus de paix, ENS : Paris
DEBIE Franck, (2010), Géopolitique théorique, ENS : Paris
FOUCHER Michel, (2009-10), Géopolitique des frontières, ENS : Paris
FOUCHER Michel, (2009-10), Géopolitique des relations internationales, ENS : Paris
GRENIER Christophe, VERNICOS Sophie, (2007), Régions, Nations, Aires culturelles, Université de Nantes
JAGLIN Sylvie, LUQUIAU Clotilde, (2008), Géopolitique du monde contemporain, Université de Nantes
RICHARD Yann, (2009-10), Note de synthèse, Université de Paris 1 – Panthéon Sorbonne
SOPPELSA Jacques, (2009), Introduction à la géopolitique, Université de Paris 1 – Panthéon Sorbonne

Un espace fluvial, deux institutions : COEUR et ICIRMON

Édit du 22 janvier 2010 : Les comptes-rendus de cette série de visites dans la baie du Mont-Saint-Michel et de ses alentours sont disponibles.
Mon compte-rendu
En Bretagne, on peut joindre la Manche à l’Océan atlantique. Par une voie fluviale, longue de 152 kilomètres. Elle est composée de la Rance au Nord, de l’Ille au centre et de la Vilaine au Sud. Et pour joindre l’Ille à la Rance, on a construit un canal au XIXe siècle. Vite obsolète. Je veux dire en tant qu’axe commercial. 

Sur cet espace, deux établissement ont des missions de protection du milieu fluvial : au Nord, le COEUR (Comité Opérationnel des Elus et Usagers de la Rance) et au Sud, l’ICIRMON (Institut du Canal d’Ille et Rance Manche Océan Nord). 

Ce qui est intéressant, c’est que l’un est issu d’une déconcentration, l’ICIRMON ; l’autre est le fruit d’une décentralisation, le COEUR. Ils sont de la même époque : respectivement 1990 et 1994. Et qu’ils ont, chacun chez soi, réalisé les mêmes travaux. Une campagne de désenvasement d’un an, d’environ 90 000 m3 de sédiments, en un lieu précis à chaque fois et avec des outils comparables : l’aspiro-dragage. Forcément, ça donne envie de comparer un peu les choses. De savoir finalement ce qui est le mieux…
Balance by © aracir
Balance by © aracir

D’abord qui décide ? Là, il n’y a pas photo. Il vaut mieux être côté décentralisation : des communes, des communautés de commune, des départements, les chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture, des associations, des comités de pêche, ERDF, l’Etat et même l’ICIRMON ! A l’ICIRMON, ce sont des conseillers généraux uniquement. Est-ce plus facile à prendre des décisions ? Ça être une autre question. 

Côté financement, peut-être qu’il est préférable de rester déconcentré… Certes qui dit association, dit cotisation. Mais en général, ça ne suffit pas. Et les subventions, ça fonctionne surtout lorsqu’on a un projet précis, pas pour un budget fonctionnel. 

Pour les deux campagnes de désenvasement qui nous intéresse, qui est le maître d’œuvre, le maître d’ouvrage ? Côté Nord donc sur le territoire du COEUR, c’est ERDF qui fait les deux à la fois. Le COEUR n’a pas la main. Côté Sud, l’ICIRMON est maître d’ouvrage et c’est la DDE qui met en œuvre. 

Autre critère, le projet de l’ICIRMON a coûté moins cher, deux fois moins cher, pour un volume curé légèrement supérieur. 

Alors ? 
© heckcareder
Dog on a weighing scale by © heckcareder
Eh bien, je vois mal comment départager ces deux établissements. En décentralisant, on perd sans doute en efficacité parce qu’on est plus nombreux à décider et que les accords, dans ces conditions, sont plus rares. Et puis on ne se bat pas tout à fait avec les mêmes outils : institutionnels, législatifs et financiers. Pour autant, en tant qu’usager, on a son mot à dire. Et on peut même être responsabilisé sur nos propres pratiques. Alors est-ce qu’on y perd, est-ce qu’on y gagne… sur le long terme, sur le court terme ? C’est à chacun d’en juger. Mais l’une et l’autre ne sont pas sans contraintes.

Sources :

Entretiens :
- Avec Alice Landais, membre de l’institut ICIRMON, le 7 mars 2008 à Dinan, dans les Côtes d’Armor
- avec François Lang, membre de l'association COEUR, le 22 octobre 2009 à Saint-Lunaire, dans l’Ille-et-Vilaine
et les sites Internet des deux établissements : COEUR et ICIRMON


Bibliographie sélective : 
COMMENT CA MARCHE ENTREPRISE, (2008), Maîtrise d’ouvrage/ Maîtrise d’œuvre, disponible à l’adresse http://www.commentcamarche.net/contents/projet/maitrise-ouvrage-maitre-oeuvre.php3
GEORGE Pierre, VERGER Fernand, (2006), 9ème édition, Dictionnaire de la géographie, Presse Universitaire de France : Paris
GOURMELEN Anne, (2003), Un fleuve côtier, la Rance : Impacts des activités humaines sur le milieu naturel, CRDP de Bretagne, disponible à l’adresse http://wwwcrdp.ac-rennes.fr/crdp_dossiers/dossiers/rance_patrimoine/sommaire.htm
LE PAYS MALOUIN, (12 septembre 2002), Qualité des zones de pêche à pied, Le pays Maloin : Saint Malo
LEVY Jacques, LUSSAULT Michel (dir.), (2003), Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés, Belin : Paris
SCHNEIDER Grégoire, (2001), 
« Le curage des sédiments des cours d’eau », p 146-147, in Courrier de l’environnement n°43

Le barrage du Couesnon

Situation : Europe, France, Basse Normandie, le Mont-Saint-Michel ; Orientation : Sud
Le nouveau barrage, encore en cours de réalisation. Celui-ci devrait permettre au Mont-Saint-Michel de retrouver son caractère maritime. En effet, le Couesnon sera laissé plus libre qu'auparavant et limitera ainsi la sédimentation du chenal.