Les articles

300 mots et une sélection de références autour d'un sujet géographique

Les brouillons

Idées griffonnées dans la marge des feuilles de cours

Les notes

Quelques mots des conférences, colloques, films, rencontres, etc.

Les photographies

Dans la besace du géographe, des photographies de quelques terrains parcourus

Les instantanés

Journaliste en vadrouille sur les routes de France et de Navarre

Café géographique - Quelle(s) géographie(s) les cinéastes fabriquent-ils ?

La saison des Cafés géographiques se termine pour l’équipe montpelliéraine avec ce classique : géographie et cinéma. Bertrand Pleven nous a offert une intervention dense, bien loin des critiques superficielles qui prolifèrent dans les médias. Ce professeur agrégé et doctorant a débuté par une esquisse du sujet, de ses limites, de sa littérature sans faire l’impasse des travaux du monde anglo-saxon… et de ses questions épistémologiques. Un effort de synthèse qu’il est bon de remarquer ! Nous avons poursuivi avec des extraits de films : Into the Wild, A propos de Nice, Holy Motors, Paris, A Touch of Sin et Les Chiens errants.
Ce que j’ai retenu : L’utilisation du cinéma en géographie ne s’improvise pas ! Il est bon pour commencer de s’appuyer sur une culture cinématographique. Ensuite si la méthodologie n’est pas consacrée par la littérature, il est toutefois logique d’appliquer la même du début à la fin. Cela peut en effet faire sourire. Il paraît également important d’avoir du recul par rapport à ces outils, à ces méthodes. C’est donc une approche qui mérite une connaissance approfondie de l’épistémologie de la géographie. Ce qui nous offre un gage de sérieux mais qui conduit vite au malaise, la même insatisfaction qu’en littérature et ses commentaires de textes. Découper, charcuter, interpréter des films puis spéculer semble tout de suite moins glamour.
Mon compte-rendu

Imbalances in sex ratio in Western Europe

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Imbalances in sex ratio of births are not confined to South-East Asia or to the Indian sub-continent. Nor their long-term consequences. The average sex ratio at birth is around 105, i.e. 105 male live births per 100 female. Significant distortions have been illustrated since the 1980s and the introduction of ultrasound technology. It leads to sex selective abortions. Recent researches show evidence of an increase in the sex ratio of births among immigrant communities in Western Europe.


These scientific works depend on available statistics surveys and their national particularities. For instance, we still do not have figures on ethnical origins in France, whereas United Kingdom, Italy, Greece and Norway have. On the second hand, these studies give us information only about first generation migrants. There are no figures about further developments on the possible decrease of the sex ratio of births for second or higher generations.

The sex ratio of births, defined as the number of male live births per 100 female births, seems to be significantly different from certain immigrant communities compared to national figures. This is the case among Indians in the UK, Norway (only between 1987 and 2005) and Italy, also among Chinese mothers in Italy (114) or Albanian both in Italy (125) and Greece. Dubuc and Coleman estimate that there are 1,480 missing women among Indian community in the UK. We could go further by studying this sex ratio of birth according to order of the birth. It increases for the third or later child. For example, it reaches 112.5 in the 1990s in the UK, 114.4 in the period 2000-2005 among Indian-born women. It follows well-known studies of imbalances in sex ratio in South-East Asia and the Indian sub-continent. However European figures are lower than in mothers’ native countries: India, China, and Albania.

What are the consequences of imbalances in sex ratio of births? “There are largely speculative.”* And I will not give risky hypotheses.

We could rather notice recent trends in Norway: the sex ratio of births decreases among third or higher order births since 2005. So there are no more imbalances. However, it is not an evidence of the end of son preference among Indian-born women, just the end of sex-selective abortion. Indeed, mothers of 2 girls or more are likely to continue childbearing.

Chosen references:
AMBROSETTI Elena, ORTENSI Livia Elisa, CASTAGNARO Cinzia and ATTILI Marina, (2014), “Sex imbalances at birth in migratory context in Western Europe: evidence from Italy”, pour Population Association of America 2014 Annual Meeting
DUBUC Sylvie and COLEMAN David, (2007), “An Increase in the Sex Ratio of Births to Indian-born Mothers in England and Wales: Evidence for Sex-Selective Abortion”, p 383-400, dans Population and development review, Vol 33 n° 2
ESPON, (2013), “Gender imbalances in European Regions”, dans Map of the Month
GUILMOTO Christophe Z. and DUTHE Géraldine, (2013), “Masculinization of births in Eastern Europe, dans Population & Societies, n° 506
* HESKETH Therese and XING Zhu Wei, (2006), “Abnormal sex ratios in human populations: Causes and consequences”, p 13271-13275, dans Proceedings of the National Academy of Sciences, Vol 103 n° 36
TØNNESSEN Marianne, AALANDSLID Vebjørn and SKJERPEN Terje, (2013), “Changing trend? Sex ratios of children born to Indian immigrants in Norway revisited”, dans BMC Pregnancy & Childbirth, n° 170

Café géographique - La construction européenne a-t-elle relevé le défi de la cohésion territoriale ?

Edit du 15 mai : Le compte-rendu officiel vient d'être publié en ces pages. Bonne lecture !
Le Café géographique accueillait ce soir des membres du Cercle européen 34 pour parler Europe bien sûr. Benoît Montabone, enseignant-chercheur, faisait face à Cyril Robin-Champigneul, chef de la représentation régionale de la Commission européenne à Marseille. Les statistiques et leçons tirées à grands coups de pinceaux côtoyaient les impressions d’un fonctionnaire en province. 
Ce que j’ai retenu : Le café de ce soir a pris la forme d’un cours, d’un bon cours. Le propos était peu novateur mais censé et réaliste. Il se prêtait aux petits mots griffonnés dans la marge. Et c’est une question éthique qui est apparue dans mon cahier. Car les intervenants de ce soir discutaient de l’intégration européenne, de l’harmonisation des pratiques à travers le continent, « par le bas ». Celles que l’on ne vote pas, que nos députés ne votent pas non plus. Celles qui s’appliquent même en Turquie, État candidat à l’intégration mais non membre à ce jour. Alors qui veut, qui décide, est-ce démocratique, comment le citoyen pourrait avoir prise sur ces pratiques ? Mes interrogations sont restées en suspens à 9 heures.
Mon compte-rendu

Café géographique - Les communautés Inuit face au développement minier de l'Arctique

Edit du 30 mars : Le compte-rendu officiel vient d'être publié en ces pages. Bonne lecture !
Aucuns des deux intervenants de ce soir n’étaient géographes. Ce qui ne retire en rien à la qualité de ce café. Le sujet était vaste et notre temps compté pour se familiariser avec l’Arctique, sa géographie, son environnement, ses populations, pour ensuite discerner ces fameux enjeux miniers puis tenter d’apprécier les conséquences de tout cela. Vaste programme !
Ce que j’ai retenu : L’alimentation des hommes comme celle de la faune arctique change. Est-ce une conséquence du développement d’exploitations minières ? Il semblerait. Dans quelle mesure ? Ce sera plus difficile à évaluer. Voilà l’un des nombreux résultats des études du CNRS dans cette région du Nunavut.

Maintenant si l’alimentation a retenu mon attention, c’est parce qu’il m’a semblé que l’on pouvait dérouler cette histoire précisément, par ce bout de laine. Déformation professionnelle s’il en est. Les mines produisent de la poussière sur les mousses et lichens des alentours. Elles altèrent alors l’alimentation du gibier, maillon de la chaîne alimentaire jusqu’à nous. Ce même gibier s’éloigne des installations humaines car une route lie désormais cette communauté au Sud, de manière permanente. Le trafic ainsi généré conduit à une modification des trajectoires des troupeaux. Ca, c’est côté chasse et de ce fait, alimentation traditionnelle. Les exploitations minières, outre des infrastructures, procurent une ressource pécuniaire. L’offre alimentaire, qui repose sur un régime alimentaire dit du « Sud », est par ailleurs renforcée grâce à l’approvisionnement plus régulier de l’unique supermarché. Ce changement de régime n’est pas sans conséquences. Le nombre de maladies cardio-vasculaire a explosé. Nouveauté également, cette dichotomie entre alimentation traditionnelle et alimentation du Sud qui divise des membres d’une même communauté, des générations d’une même famille, etc.. Et ainsi de suite, l’histoire peut être déroulée.
Mon compte rendu

Café géographique - Montpellier, une métropole en projet

Edit du 2 mars : Le compte-rendu officiel vient d'être publié en ces pages. Bonne lecture !
Imaginons un café géographique où un enseignant, souhaitant probablement être calife à la place du calife ou en mal de reconnaissance, décide de préparer SON café géographique en cours. Qu’il en vienne même à imaginer emmener ses étudiants. Et pourquoi pas leur faire préparer des questions à poser !
En face, mettons un enseignant, un second, mais celui-ci serait plutôt du genre à s’éterniser, à avoir du mal à quitter le monde des bisounours.
Évidemment, ils se connaitraient et les arguments ad hominem auraient du mal à être contenus. Plus on est de fou, plus on rit alors ajoutons un troisième intervenant, remplaçant lui-même, au pied levé, un homme politique empêché.
Devant la teneur des propos, nos étudiants s’endorment… consultent les derniers statuts mis à jours sur leur mur Facebook, pardon… Vexé, notre protagoniste number one s’insurge : « je suis étonné que parmi les étudiants de la filière urbanisme, venus en masse ce soir, et qui ont par ailleurs travaillé sur les documents de Montpellier 2040, aucun n’ait de question à poser ». Une fois, deux fois… ah une question. Nous vous écoutons… Ah raté, hors sujet. La prochaine fois, faites un effort de syntaxe s’il-vous-plaît.
Un tel café géographique serait fort triste. Oui, je le crois volontiers. Espérons que l’Arctique ne passionne moins les foules !
Ce que j’ai retenu : rien. Pas de faits, pas de données, que du blabla…
Mon compte rendu

Café géographique - Quel littoral pour le Languedoc-Roussillon d'ici à 2050 ?

Nouvelle ville, nouveaux cafés géographiques. Les géographes montpelliérains se retrouvent au café Riche. Ce soir, le match de football de Ligue des champions pressait le débat. Deux heures et demie tout de même… où le mot scénario cherchait son pluriel.
Ce que j’ai retenu : Il était question de prospective et donc d’une méthodologie peu employée dans les recherches académiques. Régis Morvan partageait volontiers ses outils à la table des discussions. Le public appréciait. En revanche, peu d’images ont filtré de ce littoral d’ici à 2050. La direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement a conduit cette étude comme une aide à la décision : « si vous souhaitez cela, très bien, mais il va falloir vous bouger ! ». Une étude peu sexy qui s’est intéressée à un territoire nouveau, l’agrégation des communautés de communes côtières au sein de la région administrative. Pourquoi la Dreal a jugé bon de dessiner ce territoire ? Pour sa propre analyse, pour coller à un espace vécu, pour offrir une nouvelle circonscription à des stakeholders… L’ensemble des travaux de la Dreal sont consultables ici.
Mon compte-rendu


Radio kom.post

La rentrée radiophonique rend parfois morose. C’est comme ça. Les émissions ont un goût de déjà entendues. Votre émission fétiche reçoit Untel déjà entendu au sujet de la géopolitique du football, du conflit syrien et d’une cartographie des élections législatives en France depuis la Seconde Guerre Mondiale. A croire que les carnets d’adresses virtuels prennent la forme d’un réseau bien hiérarchisé.

Le star-system a encore eu la peau d’une ou deux émissions par grille d’antennes nationales. La diversité de l’expression radiophonique en prend pour son grade.

La nostalgie des radios libres nous gagne alors… Un peu comme un universitaire et mai 68. Que l’on n’a pas connu. Mai 68 comme le temps des radios libres. Oui, grossière erreur ! Ne parlons même pas de pousser le vice à assister, voir participer à un piratage éphémère et local des ondes.

Pirater mais pour dire quoi, pour faire quoi, pour diffuser quoi ?

Mouais, on y réfléchira un autre jour. L’expérience de Radio kom.post était désillusionnante : pirater pour nous proposer trois émissions cérébrales et nombrilistes.

What a Hundred Million Calls to 311 Reveal About New York
La radio piratait depuis La Panacée, à Montpellier dans le cadre d’une exposition intitulée Conversations électriques. La majorité des œuvres sont des cartes ou comportent des indications de lieux. La conversation qui n’implique par définition que des personnes est représentée par des paysages, par des lieux connectés. 

Chose curieuse mais qui ne nous paraît pas déraisonnable.

Ce n’est pas nécessairement une lubie d’artistes. Nos premiers mots sont souvent « tu es où ? », le téléphone portable au creux du cou.

Mais c’est remarquable.

Les Etats-Unis sont plus grands à l'Est qu'à l'Ouest

Le 4 juillet 2013, 19 heures, accompagnée d'un Zoom H4
Les États-Unis, c'est grand ! L'Etat Nord-américain s'étend en effet, sur 57 degrés de longitude. Il n'a pas été facile de s'accorder sur un temps standard.

Au XIXe siècle, il existe plus d'une 100aine d'horaires sur le territoire... Seulement les trains doivent arriver à l'heure ! Les gens délaissent alors l'église et la mairie et se conforment à la gare. Mais il existe plusieurs compagnies de chemin de fer aux États-Unis... Sinon, ce ne serait pas drôle !

Imaginez la gare de Buffalo : trois horloges. Le temps local, le temps de New York et le temps de Chicago.

Pour préciser un peu les choses... Chaque compagnie de chemin de fer a uniformisé, sur son réseau, l'horaire de ces trains... quelque soit l'étendue du réseau. Et cette heure correspond à l'heure du bureau central.

Dans ces conditions, difficile d'attraper sa correspondance... Et puis il devient aussi de plus en plus hasardeux d'aiguiller tous ces trains et d'éviter les collisions.

Il est temps de se mettre d'accord... Alors deux mouvements :

D'abord, un monsieur tout seul, Charles F Dowd. C'est un enseignant de New York. Il propose de découper le continent Nord-américain, comprenez les États-Unis et le Canada, en quatre bandes de 15 degrés de large.

De l'autre côté, nos compagnies ferroviaires toujours... Elles organisent des réunions communes afin de proposer une convention sur les horaires. C'est l'ancêtre de l'American railway association.
En 1883, ces patrons n'y tiennent plus et reprennent le plan de Dowd. Le jour même, les principales villes du pays adoptent ce nouveau système.

Il faudra attendre trente-cinq années, pour que le gouvernement fédéral officialise tout ça... Cette loi est une demande des compagnies ferroviaires car elles ne réussissent pas à se mettre d'accord sur les limites des quatre fuseaux.

Au début, il arrivait que le fuseau divise une grande ville en deux. Premier point...

Second point, les embranchements entre réseaux ferroviaires. Si ces fuseaux horaires pouvaient servir nos compagnies, ce serait mieux...

Il y a aussi l'heure d'été et l'heure d'hiver... C'est un joyeux bordel jusqu'en 1966.
L'heure d'été est utilisée durant les guerres mondiales pour économiser du charbon. Mais entre ces deux moments, chacun est libre de faire ce qu'il veut... chaque municipalité, comté et parfois, État. Si l'utilisation d'une heure d'été est décidée sur le territoire, reste encore à se mettre d'accord à quel moment doit-on avancer ou reculer nos montres...

Aujourd'hui encore, nous en avons un petit souvenir laissé par là, dans le coin, à gauche... L’État de l'Arizona n'a pas d'heure d'été... Sauf sa réserve de Navajo.


Le plan initial a bien changé. Il est assez remarquable que les fuseaux du centre et de l'est prennent beaucoup de place par rapport à l'heure pacifique et l'heure de la montagne. L'Est, c'est agrandit... C'est à l'époque le cœur économique du pays... Les compagnies ferroviaires tirent toujours plus loin à l'Ouest. Si elles avaient pu, elles auraient imposé l'heure New Yorkaise à Chicago.

Géographie des jardiniers

Et pourquoi pas. Parce qu’on ne peut pas faire de la géographie sur tout ? … Peut-être… En l’occurrence, celle-ci existe. Elle n’est pas anglo-saxonne à proprement parler. Mais nous vient de l’Australie. Bref ! Au cours d’une pérégrination estivale, j’ai poussé la porte d’un jardin de la Brière, le jardin du marais. Là-bas, il est fort difficile de déambuler au calme de la nature. Non il faut faire avec le jardinier. Un poème à lui tout seul. Un jardin, son jardinier ou plus sûrement ses jardiniers.
 Imperial Gardening Commander by © Balakov
Imperial Gardening Commander by © Balakov

Évidemment, il faut commencer par définir son objet de recherche. Les géographes australiens se sont souciés du jardin, en ville. En même temps, ils n’ont pas tout à fait tort puisqu’ils surfent ainsi sur nos préoccupations bien vertes : les espaces verts, la trame verte, le corridor écologique ou biologique… Et le vert en ville, c’est d’abord des jardins, pour environ la moitié du vert. Tout dépend de quelle ville on parle me direz-vous ! Et les jardins s’étalent à peu près, sur un tiers de la surface totale d’une ville (très occidentale, voire très anglo-saxonne). Donc ce n’est pas non plus un petit objet de recherche anodin… On l’a même taillé. En plus de le débarrasser du jardin à la campagne, on lui a confisqué les jardins publics, parcs et squares en tout genre mais surtout les jardins ouvriers. Un jardin est donc un terrain attenant au domicile (propriété ou location), souvent clos. Attention, le jardinier n’est pas toujours le propriétaire du jardin ! Ce serait trop facile. 

Les jardiniers qui ont eu l’honneur de recevoir la visite de nos géographes australiens sont surtout des migrants. Pourquoi ? Parce que tout comme il est plus facile de s’intéresser aux jardins, en ville, dans un pays très urbanisé ; il est tout autant commode d’interroger des migrants dans un pays façonné par les migrations. Et puis après tout, la comparaison est une méthode éprouvée. Alors pourquoi ne pas explorer ce thème en comparant un jardin grec à un jardin vietnamien. 

Côté méthodes, on emploie l’entretien semi-structuré, l’observation des jardins, la photographie, la cartographie. A noter que le jardinage est marqué par les saisons. Attention à ne pas comparer une population en plein hiver, l’autre au printemps. Il y aura comme un biais.

Notre jardinier est souvent une jardinière ! Contrairement au jardin ouvrier… il était donc peut-être tout à fait légitime de le sortir de l’objet de recherche. Mais Monsieur n’est pas non plus personne non grata dans son jardin. Pourquoi jardine-t-on ? Pour se faire plaisir, pour pratiquer une activité physique, pour se recueillir… Ceci est une vision assez occidentale : le jardin est un espace récréatif, un espace de loisir. Avec une évolution vers la passivité. Les deux paramètres à concilier sont la valeur esthétique et l’entretien facile.

Chez les autres, c’est un peu différent. D’abord, le jardin produit. Il produit tout ou partie des légumes, des fruits et des herbes. Parce qu’acheter frais, c’est cher mais aussi parce qu’on ne retrouve pas toujours ses aliments préférés dans un nouveau pays. Alors l’arbuste qui fait de jolies fleurs, l’arbre qui fait de l’ombre ou la plante qui sent bon, c’est pour devant ! Il y a très souvent une différence d’attention entre le jardinet devant et le jardin à l’arrière de la maison. Le jardinet fait beaucoup dans l’apparence. Ici, faire « australien », montrer sa volonté d’intégration dans ce nouveau pays. Mais à l’arrière, c’est un autre monde. Le jardin peut être une reproduction de ce que l’on a laissé derrière soi. Il y a une certaine nostalgie. Comme un musée. Parfois les choses sont un peu idéalisées. En particulier, lorsque la migration est brutale (conflits, dictatures). La plupart des Vietnamiens par exemple, n’avaient pas de jardin au Vietnam. Ils construisent un mythe. Le jardin sert aussi à cultiver d’autres marqueurs identitaires : la cuisine bien sûr ou encore l’utilisation de plantes médicinales. Enfin, une chose que l’on ne change rarement lors de sa migration, c’est sa religion. Or les bouddhistes et les hindouistes pratiquent la méditation et le recueillement au quotidien. Le jardin peut donc devenir un espace sacré, avec ses statues. Plus sûrement, le jardin produira des offrandes que l’on offrira aux dieux ; ce sont des fruits, des fleurs.

Un jardin, c’est un jardinier ou une jardinière ou les deux, ou plusieurs. Et je laisse à d’autres le débat : nature ou culture ?


Bibliographie sélective :
CAMERON Ross WF, BLANUSA Tijana, TAYLOR Jane E, SALISBURY Andrew, HALSTEAD Andrew J, HENRICOT Béatrice, THOMPSON Ken, (2012), “The domestic garden – Its contribution to urban green infrastructure”, p 129-137, dans Urban Forestry & Urban Greening, Vol 11
DOMENE Elena, SAURI David, (2007), “Urbanization and class-produced natures: Vegetable gardens in the Barcelona Metropolitan Region”, p 287-298, dans Geoforum, Vol 38
GRAHAM Sonia, CONNELL John, (2006), “Nurturing Relationships: the gardens of Greek and Vietnamese migrants in Marrickville, Sydney”, p 375-393, dans Australian Geographer, Vol 37 n° 3
HEAD Lesley, MUIR Pat, HAMPEL Eva, (2004), “Australian Backyard Gardens and the Journey of Migration”, p 326-347, dans The Geographical Review, Vol 94 n° 3
KIRKPATRICK JB, DANIELS GD, ZARGORSKI T, (2006), “Explaining variation in front gardens between suburbs of Hobart, Tasmania, Australia”, p 314-322, dans Landscape and Urban Planning, Vol 79
MAZUMDAR Shampa, MAZUMDAR Sanjoy, (2011), “Immigrant home gardens: Places of religion, culture, ecology, and family”, p 258-265, dans Landscape and Urban Planning, Vol 105
POWER Emma R, (2005), “Human – Nature Relations in Suburban Gardens”, p 39-53, dans Australian Geographer, Vol 36 n° 1

Aujourd’hui, un agriculteur ardéchois empoche un million d’euros* chaque année, au nom des sources de la Loire

© vincentfavre
The winter ends... by © vincentfavre
Situation qui perdure depuis 2003. 

* Un million n’est qu’une estimation, probablement un peu élevée d’ailleurs puisque la fréquentation du site est estimée à 500 000 visiteurs par an, l’accès au site est de 2 euros par personne. Mais qui accepte de payer un droit d’entrée sur les sentiers du mont Gerbier de Jonc ?

En vérité, toute cette histoire est une histoire d’hommes. Les Egyptiens furent forts désappointés apprenant que leur Nil ne prenait pas sa source sur leur vaste territoire. Les Ethiopiens ont par la suite jalousé un Nil blanc, rabaissant leur Nil bleu au rôle de source secondaire. Et ce Nil blanc est-il issu du lac Victoria, vaste pièce d’eau aux rives divisées par trois Etats ? Rien n’est moins sûr et le Rwanda s’enorgueillit de posséder LA source du grand fleuve africain. 

La Loire, c’est pareil. A plus grande échelle. Ici les familles Ceyte et Champel parmi d’autres, mènent leur combat pour authentifier, attester, légaliser, certifier un filet d’eau. Les communes de Sainte-Eulalie et de Saint-Martial s’en frottent les mains. Qui récupéra les sources de la Loire ? 

Dans l’agitation qui règne depuis la fin du XIXe siècle en ces contrées ardéchoises, Monsieur René Ceyte a décidé, par un beau jour de printemps 2003, d’installer clôtures électriques et tourniquet autour des sentiers du mont Gerbier de Jonc. Tourniquet qu’il a largement déplacé, histoire d’agacer un peu plus Monsieur Champel lui-même propriétaire d’un restaurant qui avait donc, auparavant, pignon sur le sentier. Monsieur Ceyte a, pour compléter son plan, installé une caravane et réclame pour la montée du mont, une participation de deux euros. 

Monsieur René Ceyte est agriculteur, que dis-je, un homme d’affaires… Le Monsieur est certes propriétaire de la majorité des terrains agricoles que constituent le mont (le second propriétaire étant la mairie de Saint-Martial) mais aussi d’un restaurant, d’un gîte d’étape, etc.. 

Le mont Gerbier de Jonc est donc privé, il est vrai. Est-il protégé ? Si on veut… affaire de jugement. Le site ainsi que les sources de la Loire sont répertoriés ZNIEFF, niveau 1. En français dans le texte : Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique. Bien entendu, le niveau 1 est le plus faible. Ce zonage n’a aucune valeur juridique, ce n’est pas moi qui le dit mais le gouvernement lui-même : ici. Le propriétaire d’un terrain en ZNIEFF n’a aucune obligation d’ouvrir au public cette zone d’intérêt. Monsieur Ceyte pourrait refuser l’accès au mont Gerbier de Jonc. Par chance, Monsieur Ceyte aime rentabiliser les choses. Il pourrait donc installer une (des) antenne(s), une éolienne ou que sais-je, quelque chose lui rapportant de l’argent, au sommet du mont ? Oui, il le peut. Par bonheur, le sommet du pain de sucre est peu abordable aux véhicules. A quoi sert cette fichue zone d’intérêt ? En théorie, à réaliser un inventaire des espèces remarquables. Elle n’a donc qu’une valeur scientifique. Et au vu de son dernier catalogue, ici, peu de scientifiques sont venus se perdre sur le plateau ardéchois, ou, les propriétaires concernés ont refusé l’accès à la zone protégée. Monsieur Ceyte reçoit-il de l’argent, rapport à cette zone remarquable ? Non, aucunement. 

Evidemment, la situation ne plaît pas trop à nombre d’acteurs locaux, autres que Monsieur Champel. Et puis à nombre de visiteurs par la même occasion. C’est d’ailleurs un des rares sommets français, si ce n’est le seul, payant. Les sites « naturels » remarquables ne font d’ailleurs pas l’objet d’un droit d’entrée en France. C’est le parking qui est payant ! 

Il y a déjà eu des poursuites judiciaires. Les juges ont estimé que le péage ne renfermant pas l’ensemble des sources de la Loire, il pouvait se maintenir. Il y a d’autres projets. Le plus médiatisé reste celui du Conseil général mais il est encore loin de sa phase de réalisation ! Si la situation perdure, c’est principalement le fait d’un accord entre deux hommes Monsieur René Ceyte et Monsieur Alain Chauvy, le maire de Saint-Martial, autre propriétaire des terrains agricoles sur le mont. S’il est besoin de préciser, l’accord est opaque et nul ne sait où passe près d’un million d’euros chaque année.

En fait, Pau c’est au Sud

Le 8 juin 2012, 12h30 et le soleil cogne, accompagnée d'un Nagra en fiole
Oui, parce que dans les livres de géographie, Pau se situe dans la montagne. Mais lorsque le géographe sort de son cabinet, le terrain réserve parfois ses surprises.

Il n’était donc point prévu les trente degrés Celsius trois jours durant dans une ville pleine d’odeurs et… sale ; avec des gens qui parlent fort, tard le soir. Oui, il est possible de croiser du monde passé 22 heures dans les rues de la ville... Ah et les chèques ne sont pas acceptés. Vice typique du Sud !

© Le musée Bernadotte
© Le musée Bernadotte
Et ils ont eu la chouette idée de faire un palais sur la place centrale : le palais des Pyrénées. Un truc horrible : 10 000 m² de centre commercial, 2 500 de bureaux, un parking pour tout ce beau monde évidemment… En plus un truc mal conçu où tu n’as pas the avantage du centre commercial : être à l’abri (je n’ai pas un tropisme nordique pour rien !). Bah oui, être à l’abri du soleil et des averses. Sur ce point, les livres ne nous avaient point menti, Pau est une cuvette. Et même pas de Mac Do' !

Bref un truc horrible œuvre de feu Monsieur André Labarrère. Oh moins Georges Frêche a eu l’intelligence de construire son horrible Odysseum à quatre kilomètres du centre de Montpellier. Bref un urbanisme du Sud pour une ville du Sud.

Once upon a time

© Duy Huynh
Mary Kingsley, lors d'une conférence au Cheltenham Ladies College, en 1898 
Once a hippopotamus and I were on an island together, and I wanted one of us to leave. I preferred it should be myself, but the hippo was close to my canoe, and looked like staying, so I made cautious and timorous advances to him and finally scratched him behind the ear with my umbrella and we parted on good terms.

Il fait bon sous les marronniers

Image trouvée sans copyright
swan
Le 25 mai 2012, 16h30, accompagnée d'un Nagra Ares-C
Ce matin, j’avais la bonne idée. Les maîtres nageurs de la ville de Paris sont en grève. Quelle mouche les a piqué alors que les premiers beaux jours apparaissent ? Sauf qu’ils ne sont pas si fous et qu’ils bloquent les piscines entre sept heures et huit heures et demies. Mon reportage ne tenait plus. 

Sauf que c’était une bonne idée. Que le rédacteur en chef de la journée l’avait repéré. Et qu’il comptait bien sur un sujet beau temps. Avoir deux idées brillantes sur un sujet beau temps relève du miracle. Il n’y a pas eu de miracle. 

Je partis donc en direction du parc Citroën, histoire de remplir mes poumons de ces cochonneries de pollen. Mais l’allée des Cygnes m’a retenue.

Un bout d’île artificiel sur la Seine. Un morceau de terre pas seulement emprunté par les touristes. D’ailleurs bien peu viennent à la statue de la liberté. On y trouve de l’herbe qui dépasse. Et les amoureux aiment s’y rouler. 

Alors j’ai interrogé les gens de passage qui cherchaient l’ombre, les habitants du quartier qui protègent jalousement leur petit coin. Je leur ai demandé de décrire l’île, ces soixante espèces d’arbres. Je leur ai fait parler des cygnes et du fleuve. Je leur ai volé quelques souvenirs de jeunesse. Je leur ai fait réciter leur leçon sur Bartholdi. Je les ai provoqués et dû les adoucir. Sur un bout d’île. 47 secondes.

NB : Le marronnier signifie la richesse, le luxe. Les journalistes le détestent ou l'aiment trop, au choix. Tout ça à cause d'un foutu marronnier ayant décidé de fleurir tous les ans avec une régularité déconcertante le 20 mars, c'est-à-dire en avance, Cours-la-Reine à Paris, sur une tombe. Mais on aurait pu choisir la valériane, qui signifie la facilité...

Des crêpes, des galettes et des Bretons

© Ink + Wit
© Ink + Wit
Le 26 février 2012, 17 heures, accompagnée d'un Nagra Ares-C
A Quimper, il y a un chouette jeu à faire. Quelques jours avant ton excursion en ces contrées bretonnes, tu interroges tes amis bretons ou bretonnisants, non ce n’est pas du tout pareil. « C’est où la meilleure crêperie ? » Périple des papilles garanti ! 

Il se trouve que dans une vie précédente, je fus crêpière. Dans les marches de Bretagne. Ce No Man’s Land que tu identifies facilement sur des cartes électorales (plutôt résultats par communes). Une zone sous influence du Poitou et de la Bretagne. Alors en matière de crêpes et de galettes, le terroir est fort perturbé par ces dominations culturelles ainsi que par un impératif économique : attirer le chaland parisien. Nous faisons donc des choses salées, d’autres sucrées, certaines au sarrasin. Nous appelons ces choses des crêpes ou des galettes, c’est selon… le client. Pas de quoi s’offusquer ! 

A Quimper, ils ne font que des crêpes. Avec des choses au sarrasin dedans, hein. On est en Bretagne quand même. Mais a s’appelle des crêpes. Il parait que c’est comme ça dans la Basse Bretagne. 

La Basse Bretagne ? Parce qu’il se trouve que le lieu dont je te parlais au dessus, oui le No Man’s Land, est parfois appelé Basse Bretagne… par les Bretonisants. La règle veut que les hautes et basses quelque chose soient une question d’altitude. Mais tu connais les Bretons : la Basse Bretagne est plus haute que la… Haute. Bien des gens pensent que c’est une question d’orientation Nord/ Sud. Bah oui, une en haut, une en bas. D’où les Bretonnisants de ma zone, parce que nous, on est en bas. Sinon, c’est une question de langue. Non, on ne parlait pas breton dans toute la Bretagne… Oui, le jour où les Bretons, ce seront déjà mis d’accord. Bref, les crêpes de sarrasin étaient fort bonnes !

Désordres au marché de Noël

Christmas market in Cologne | by © *synthetic-creatures
Le 29 décembre 2011, 16h30, accompagnée d'un Nagra en fiole
Bien dans son coin et l’air de rien, le marché de Noël d’Amiens est devenu le deuxième de France. Par sa taille. Derrière… Strasbourg. Pas tout à fait le même charme, j’en conviens. 

Alors pour voir les choses en grand, la municipalité a choisi cette année d’accueillir une grande roue. Une plus grande qu’avant. Elle ouvre le marché de Noël, face à la gare, à l’Est. 

N’empêche que la taille de la grande roue a sacrément modifié les enjeux de placement sur le marché de Noël.
Amiens
Oui, déjà, il s’agit d’un marché en long. Il faut donc réussir à captiver l’attention du chaland depuis la maison de la culture, à l’Ouest, jusqu’à la gare. Alors les malins sont dans la partie occidentale, les rues piétonnes des trois cailloux et Delambre. Les pauvres ne sont pas pauvres. Ce sont les associatifs : ceux qui réclament, ceux qui font des leçons de morale, même pendant les fêtes surtout pendant les fêtes. Cette année, ils sont concentrés sur la place René Goblet. Et ils provoquent une rupture dans le marché de Noël. Parce que oui, on ne peut le nier : certains promeneurs fuient comme la peste ce genre de stand. Voilà un tas de dix. 

Et puis, il y a cette grande roue tout au bout, tenue par des forains. Des vrais, ceux qui font peur et imposent leurs règles. Ils ont d’ailleurs demandé à ce que les stands à leur proximité ne vendent pas de choses comestibles. Ils ont aussi amené deux stands supplémentaires qui défient tous gabarits sur le marché et proposent… des encas. Entre ces deux morceaux de marché, les pauvres et les forains, on a placé les petits novices, ceux qui ne sont pas de la région, ceux qui ne resteront pas après Noël… les mécontents ! Ils ne peuvent proposer tous leurs produits, étant trop proches de cette fichue roue. Et voient bien souvent les gens courir et non déambuler. Retour aux éternelles tensions qui opposent sédentaires et nomades… 

Ah, une autre catégorie se presse autour de la mairie et du beffroi : les frontistes. Parce que le marché de Noël est géré par les commerçants de la ville d’Amiens. Sauf qu’il y a plusieurs associations de commerçants de la ville. Eux dépendent des gens du beffroi et s’en sortent plutôt bien question placement.

Pour une cabine téléphonique,

http://mystree.deviantart.com/art/Green-Phone-Box-31280009
Green Phone Box by © ~Mystree
Le 23 août 2011, 14h30, accompagnée d’un Canon A720 IS
Ochancourt, c’est chouette… 

Trente-cinq minutes que je tourne en rond, sans rond-point aucun. La cabine téléphonique, je l’ai toute suite repérée. Mais la mairie. Où est cette mairie ? 

Parce que le maire d’Ochancourt est en guerre. Contre une cabine téléphonique. 

Ochancourt, 273 âmes et une cabine téléphonique. Une vieille cabine, grise et marron, un carreau cassé, un autre craquelé. Et des ordures. 

« Tout le monde a un téléphone portable ! Elle ne sert à rien cette cabine… Et elle fait tache dans mon paysage. » Le maire a tout essayé depuis un an pour faire enlever cette cabine. Y compris de la secouer gentiment avec un tracteur… 

En vain ! Cette cabine répond au service universel des télécommuications. Chapeauté par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). Confié à France Télécom (renouvelé en 2011). 

Service qui dit que France Télécom est chargé de l’installation et de l’entretien de cabines téléphoniques ainsi que de la fourniture d’un service téléphonique à un coût raisonnable. Il faut une cabine pour 1 000 habitants. Pas de chance, c’est tombé sur Ochancourt. Ou plutôt, c’est resté à Ochancourt.

Reçu cinq sur cinq tout en montant les escaliers quatre à quatre

Un jour d'anniversaire, au petit déjeuner, vu dans le Courrier-Picard :
Les départements français dissimulent quelques subtilités de langage, en particulier le Loir et la Loire. 

Allons-y gaiement, atlas très cher : le Loir est une rivière, la Loire un fleuve. Le Loir prend sa source en Eure-et-Loire, il se jette dans la Sarthe, qui se jette dans la Maine, qui se jette dans la Loire. Oui, la Loire transporte un peu du Loir... Nos moutons ? Soit, Eure-et-Loir, Loir-et Cher contre Indre-et-Loire, Maine-et-Loire. Ce sont des associations de noms de rivières ou de fleuves qui font le même nombre de lettres, cinq sur cinq ou quatre à quatre.

Je n'ai point inventé le fil à couper le beurre mais je lis les timbrés de l'orthographe.

Sous le bras de l'amiral

Le 20 juillet 2011, 9 heures, accompagnée d'un Canon A720 IS
9 heures, à peine arrivée et voilà-t’y pas que je n’ai le temps de poser mes affaires à la rédaction. En mission, le métier dont je rêve… Votre mission si vous l’accepter : réaliser un double des clefs de l’agence pour le nombre de fois où je reste enfermée dehors. Hum, hum, toutes les raisons sont bonnes pour sortir du télétravail qui caractérise mon stage. M Christophe Gimbert avait pourtant prévenu. 

Sauf que le cordonnier devait attendre patiemment ce moment, le moment où un(e) journaliste du Courrier-Picard oserait pointer le bout de son nez dans sa boutique. Je me suis fait enguirlander fort. Au début, je ne comprenais pas vraiment. Et puis, à force de dégainer mon excuse à moi, avec quelques airs de Parigot et des yeux de cocker, « Je suis stagiaire », le M m’a expliqué son souci. Il y a quelques mois, la rédaction sous l’anonymat d’une rubrique intitulée « Sous le bras de l’amiral » a publié un petit mot cinglant sur une affichette disposée dans sa boutique. L’affichette en question explique au client qu’à partir du moment où ils déposent leurs chaussures aux bons soins du cordonnier, ils payent. 

Toi non plus, tu n’es pas choqué outre mesure… C’est-à-dire que la cordonnerie est un bien d’expérience et malheureusement, ou pas d’ailleurs, on doit accorder notre confiance au coiffeur comme au cordonnier. La qualité du bien ou du service ne sera appréciée qu’a posteriori.

Et le M de me rétorquer que « d’abord, celui qui achète votre journal, il ne l’a pas lu, il doit bien acheter d’abord ». Elémentaire mon cher Watson, l’information est un bien d’expérience

En définitive, c’est plutôt bien que l’anecdote me soit arrivée. Non que je sois une experte de la diplomatie et des plus plates excuses exigibles dans une telle situation mais j’use et abuse, je le crains, du second degré. J’apprécie particulièrement l’humour anglais, l’autodérision et la mise en scène. Mais dans le journalisme, tout ceci s’emploie avec parcimonie. Dès le début, cette rubrique, « Sous le bras de l’amiral », m’a posé question parce qu’elle est sarcastique, d’une méchanceté pure et je ne suis pas sûre que tout lecteur ne la lise avec humour.

Sprawl - la leçon de géographie d'Arcade Fire

© Oscar Delmar
Dernièrement, enfin il y a déjà six mois… j’ai brillamment réussi un partiel avec du Arcade Fire plein les oreilles. Et non, ce n’était pas en géographie : « Ce que les controverses autour des WikiLeaks nous disent et ne nous disent pas des processus d'internationalisation des médias ». Note qu’il y avait tout de même le terme internationalisation. Mais non, le plan emboîtement d’échelles ne m’a pas tenté. Genre les géographes ne connaissent que ce plan…

Et non, l’écoute de la musique n’est pas autorisée durant les partiels. Toujours est-il que quelques morceaux d’Arcade Fire me trottaient dans la tête. Voilà-t’y pas que dernièrement, le vrai dernièrement, je me suis attachée aux paroles des titres de leur album The Suburbs, après avoir regardé le film qui l’illustre. Eh bien, c’est tout plein de géographie tout ça !


Entre autres, Sprawl II (Mountains beyond Mountains) :

They heard me singing and they told me to stop
Quit these pretentious things and just punch the clock
These days my life, I feel it has no purpose
But late at night the feelings swim to the surface

'Cause on the surface the city lights shine
They're calling at me, come and find your kind
Sometimes I wonder if the world's so small
That we can never get away from the sprawl

Living in the sprawl
Dead shopping malls rise like mountains beyond mountains
And there's no end in sight
I need the darkness, someone please cut the lights

We rode our bikes to the nearest park
Sat under the swings and kissed in the dark
We shield our eyes from the police lights
We run away, but we don't know why

And like a mirror, the city lights shine
They're screaming at us, "We don't need your kind"
Sometimes I wonder if the world's so small
That we can never get away from the sprawl

Living in the sprawl
Dead shopping malls rise like mountains beyond mountains
And there's no end in sight
I need the darkness, someone please cut the lights

They heard me singing and they told me to stop
Quit these pretentious things and just punch the clock
Sometimes I wonder if the world's so small
Can we ever get away from the sprawl?

Living in the sprawl
Dead shopping malls rise like mountains beyond mountains
And there's no end in sight
I need the darkness, someone please cut the lights


Je n'ai point inventé le fil à couper le beurre mais je lis the L café.

Stratégies d’internationalisation de la BBC

 Night Shift 2 by © Caravela
 Night Shift 2 by © Caravela
     La British Broadcasting Corporation est le premier employeur au monde dans le secteur de la radiodiffusion avec ces 22 861 salariés. Dès 1932, le radiodiffuseur diffuse ses programmes au sein de l’empire colonial britannique. Le prestige de la BBC repose longtemps sur ces deux images : un modèle de service de radiodiffusion public d’une part et un radiodiffuseur international de qualité, d’autre part. Mais le rôle et le maintien du service international de la BBC sont questionnés au cours des années 1990. Les pressions sont externes : la chute de l’URSS entraîne une redéfinition des outils de la diplomatie et de nouveaux médias, comme la chaîne d’information en continu CNN concurrence le service anglais. Surtout, ce sont les pressions socio-économiques qui pèsent sur le radiodiffuseur public au sein même du Royaume-Uni. Les objectifs financiers et culturels inscrits dans la charte royale sont renforcés. Les évaluations se font plus exigeantes. Les critères de rendement, de rapport qualité/prix, jusqu’alors inconnus des services publics sont des indicateurs de performance intégrés aux rapports annuelles. 

     Ainsi, les stratégies d’internationalisation de la BBC sont à replacer dans un contexte spécifique au radiodiffuseur public britannique et qui se distingue des autres groupes médiatiques tels Time Warner, Disney, Bertelsmann. D’une part, la BBC hérite d’un déploiement à l’international conséquent répondant à des objectifs politiques et non économiques. D’autre part, la BBC tend à adopter des pratiques jusqu’alors observées dans le secteur privé. Un rapprochement entre public et privé est observé. 

     Deux départements de la BBC déploient leurs activités à l’international. Le premier, BBC World Service est financé par une aide directe du ministère des Affaires étrangères et du Commonwealth. Ses missions suivent la diplomatie anglaise et se concentrent aujourd'hui sur les chaînes Arabic TV et Persian TV. BBC Worldwide est la filiale commerciale de la BBC ; ses activités s’étendent à la fois au Royaume-Uni et dans le reste du monde. 

     Depuis le milieu des années 1990, BBC Worldwide définit et dessine son cœur d’activité, la radiodiffusion. Les différents services commerciaux de la BBC furent rassemblés, à l’exception de BBC Studios and Post Production Ltd. La filiale s’est séparée de BBC Books. Elle procède à la scission de BBC Audiobooks. Elle s’interroge sur l’avenir de BBC Magazines. En effet, cette activité représente un chiffre d’affaires de 197,5 millions d’euros, soit la quatrième source de revenus de la filiale. Mais l’éditeur devrait proposer de nouveaux titres afin de conserver ses parts de marché au Royaume-Uni et de se conforter à l’étranger. A terme, BBC Worldwide devrait externaliser cette activité de presse magazine. 

     L’avantage concurrentiel de la BBC repose sur son aura, sa réputation qualitative. La simple exploitation commerciale de droits en dehors des frontières britanniques, sans réelle maîtrise de la chaîne de valeur, pouvait porter préjudice à l’image de marque du groupe. A noter que cette signature BBC se mesure et se renforce en périodes de troubles (Seconde Guerre Mondiale, guerre civile en Irlande du Nord, etc.). Le dernier épisode de ce type remonte à l’agression américaine en Irak, en 2003. En effet, l’enquête Hutton sollicitée par le gouvernement de Tony Blair devait éclaircir les circonstances du suicide de David Kelly, un inspecteur des Nations Unies en Irak. Il était la source principale d’un reportage de la BBC sur la falsification de documents concernant la présence d’armes de destruction massive en Irak. Bien que les conclusions de l’enquête accablent la seule BBC, l’image de l’institution et son indépendance éditoriale est renforcée par cet épisode. 

     En amont, BBC Worldwide profite des productions de la BBC financées par la redevance. Depuis trois ans, la filiale a néanmoins investit dans des start-up, sociétés de production indépendante britanniques : LeftBank Pictures (Wallander), Clerkenwell Films Ltd (Misfits), etc.. 
     A l’aval, la filiale souhaite maîtriser l’adaptation, les traductions de ses programmes. Elle possède ainsi dix chaînes internationales. Elle exploite également nombre de produits dérivés : des supports pédagogiques aux évènements tels que Danse avec les stars ou Walking with Dinosaurs

     BBC Worldwide s’engage-t-elle vers une diversification ? La question est soulevée en 2007 alors que la filiale acquiert Lonely Planet, le leader mondial dans le guide de voyages. Pour les dirigeants, il ne s’agit pas d’un nouveau domaine d’activité mais de la gestion et de la promotion de marques à l’international, générant ainsi des bénéfices liés à l’exploitation de leurs activités médiatiques.


Bibliographie sélective :
BICKET Douglas, WALL Melissa, (2009), “BBC News in the United States: a ‘super-alternative’ news medium emerges’, p 365-385, dans Media, Culture & Society, Vol 31 n° 3 
CAVE Martin, COLLINS Richard, CROWTHER Peter, (2004), “Regulating the BBC”, p 249-272, dans Telecommunications Policy, Vol 28 
FROUD Julie, JOHAL Sukhdev, LEAVER Adam, PHILLIPS Richard, WILLIAMS Karel, (2009), “Stressed by Choice: a Business Model Analysis of the BBC”, p 252-264, dans British Journal of Management, Vol 20 
GILBOA Eytan, (2005), “The CNN Effect: The Search for a Communication Theory of International Relations”, p 27-44, dans Political Communication, Vol 22 
MEDINA Mercedes, OJER Teresa, (2011), “The Transformation of Public TV Companies into Digital Services at the BBC and RTVE”, p 87-95, dans Communicar, Vol 18 n° 36 
SHRIKHANDE Seema, (2001), “Competitive Strategies in the Internationalization of Television: CNNI and BBC World in Asia, p 147-168, dans The Journal of Media Economics, Vol 14 n° 3