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No 91 - Vas-y, embête la Blanche


Ouagadougou, le 23 août 2010, 9h 

Ce matin, les soldats, au poste de garde, avaient décidé qu’ils ne me connaissaient pas. 

« Mais vous allez où comme ça ? Vous n’avez pas vu qu’il y a un poste de garde. » 

Non, je suis juste stagiaire depuis 4 semaines à la radio nationale. Vous avez été prévenu le 26 juillet au soir. Et je vous salue matin et soir. 

Typiquement le genre de situation que l’on rencontre quotidiennement et qui sert à se faire remarquer, à agacer les gens. Et le genre de situation qu’il devient difficile de tolérer à la sixième semaine d’un voyage en immersion.

No 90 - Cinéma ouagalais


Ouagadougou, le 22 août 2010, 18h30 

Avec Rama, nous sommes allés au cinéma, voir le film « Le code de la femme » avec les Bobostars. Autant les Suédois dans le noir sont des enfants terribles, les Burkinabè sont indomptables ! Tous comme les Suédois, ils rient, pleurent, crient, commentent mais de rang en rang. Oui, la nuance a son importance. Il est un peu surprenant d’être pris à parti au milieu du film. 

Quand au film, les différences culturelles l’ont emporté et celui-ci ne m’a guère passionné. Comme pour les séries burkinabé, le scénario fait dans la caricature et se moque allègrement des femmes et de leur volonté d’« émancipation ».

No 72 - Paranoïa


Ouagadougou, le 11 août 2010, 23h 

Depuis ma mésaventure du taxi, je suis paranoïaque. Chaque Burkinabè pourrait profiter de ma faible expérience et connaissance du pays. Les commerçants m’agacent mais je n’ai que peu de contacts avec eux. L’essaim de jeunes hommes qui cherchent leur billet pour la France, je gère. 

Mes derniers soupçons portent sur le chef de rédaction. Il m’inscrit constamment dans les reportages politiques et demande un compte-rendu et une analyse pour chacun d’eux. En pleine période électorale, j’ai peur qu’ils emploient le nom de leur petite Frenchy pour se prononcer. Ce ne serait pas la première fois qu’un maître de stage utilise un stagiaire à des fins peu orthodoxes. Les géographes connaissent cette situation dans la cartographie, les SIG. Néanmoins, je pense que la radio pâtirait d’une telle initiative. Quel est le risque réel au Burkina Faso ? La presse est officiellement libre mais nous sommes à l’approche des élections présidentielles et le climat est plutôt incertain. Je n’ai pas relevé d’incidents seulement les journalistes s’autocensurent de manière extrême. Le Burkina Faso est très loin de la démocratie.


No 71 - Mysticisme


Ouagadougou, le 11 août 2010, 20h 

Dans un village, des parents ont perdu leur enfant de deux ans. Ils ont demandé l’aide d’un druide, un dozo. Celui-ci a désigné une vieille femme comme coupable. Malgré les interrogations persistantes des parents, celle-ci ne répond pas. Cela fait quatre jours. 

« Pourquoi il n’est possible de lui jeter un sort ? » C’est une question d’honneur. « Elle n’est probablement pas coupable. Mais elle défend une de ses protégées. » 

Non, je ne suis pas au coin d’un feu à Tengrela avec des anciens mais dans un maquis à Ouagadougou avec un responsable du PNUD, deux chefs d’entreprise, une secrétaire de direction. 

Nous avons continué la conversation sur les méthodes de santé traditionnelles : la poudre pour éviter les césariennes, les remèdes pour guérir de la folie… 

Comment intégrer ces savoirs à la justice ou à la santé, c’est ce qui intéressait la tablée. Comment mettre en valeur cette forme de savoir alors qu’il tend à disparaître

Une partie d’arnaque, une question de maîtrise de la puissance de certains agents et l’éternel mimétisme des Burkinabè (Africains) sur les Français (Occidentaux), c’est ce qui freine l’intégration de ce savoir-faire à un corpus de connaissances modernes.

No 69 - Premier reportage


Ouagadougou, le 11 août 2010, 10h 

Aurais-je une semaine d’avance sur mon programme de stage ? Aujourd'hui, j’assiste à mon premier reportage, le terrain que j’attends… 

Nous sommes partis en voiture. Nous égale le journaliste, deux techniciens, le chauffeur et moi-même. Nous avons tourné quelques temps avant d’arriver dans une petite salle, peu éclairée, moite, agrémentée de cinq rangées de bancs. Un homme a lu son discours, nous avons pris des notes avant que ce même discours nous soit distribué. A la sortie de la conférence de presse, Mathieu Somda, le journaliste, a posé quelques questions à Me Sankara. 

Une petite heure de parlotte, trois quarts d’heure d’attente… La radio nationale se déplaçait à la conférence de presse du principal parti de l’opposition, l’UNIR-PS.

No 68 - Innocence, crédulité




Ouagadougou, le 10 août 2010, 19h30 

Ce midi, j’ai emprunté un taxi pour revenir quelques temps à la maison. Rien de particulier à cela, je voulais soulager la famille qui m’accueille et dormir un peu. 

Tout de suite, je discutais avec Eliane sur le trajet du retour. J’ai payé l’équivalent de six trajets. 

Plus tôt, j’avais gentiment demandé combien je devais au chauffeur. Il m’a répondu 6 000 francs, j’ai un peu réfléchi en effectuant une conversion rapide, 9 €, mais n’ayant aucune conscience du coût de la vie, je n’ai guère relevé. 

L’anecdote m’agace particulièrement.

No 67 - Les 4X4


Ouagadougou, le 9 août 2010, 14h 

La ville de Ouagadougou est envahie de 4X4 tous terrains, marque de richesse. En l’absence de réel code de la route, de signalisation… la règle du plus gros véhicule prime. Les 4X4 sont donc rois. Mais pas nécessairement les plus solides. 

Vendredi dernier, un peu avant la pâte d’oie, un 4X4 Murano, souhaitant éviter un chien (qu’il a tué) s’est retrouvé les quatre fers en l’air. Oui, comme ça ! 

Alors qu’en Europe ces véhicules sont montrés du doigt pour leur forte pollution, le prix d’achat ici a diminué. 10-15 millions de Francs CFA suffisent pour s’offrir ce véhicule d’apparat, soit entre 15 267 et 22 900 €. 

Pourtant ce véhicule pourrait s’avérer utile en brousse comme en ville. Les routes ne sont pas toutes recouvertes d’asphalte. Peu importe en réalité, car les précipitations de l’hivernage ont un puissant pouvoir érodant et c’est donc la présence ou non de caniveaux qui déterminera l’état des routes.

No 64 - Brûlée


Ouagadougou, le 7 août 2010, 18h 

Toute motivée, je quittais ce matin la maison pour le grand marché de Ouagadougou, pour un marché entre filles. 

Sauf que je ne suis pas entrée dans le marché et que j’ai attrapé un énorme coup de soleil. Nous avons préparé la rentrée scolaire des jeunes enfants avec des fournitures scolaires et des vêtements de mode occidentale. Ce n’était pas tout à fait la vie ouagalaise que je souhaitais découvrir mais il s’agit d’une réalité comme une autre et je me laisse bercer en mode immersion.

No 59 - La coupe du Faso


Ouagadougou, le 5 août 2010, 16h 

Cette après-midi, c’est la finale de la coupe du Faso : Union Sportive des Forces Armées face au Racing Club de Bobo-Dioulasso. Les tribunes sont désespérément vides dans le stade du 4 août, à Ouagadougou alors que l’entrée au match était gratuite.

No 58 - Aujourd'hui, c'est férié


Ouagadougou, le 5 août 2010, 15h

Et les Burkinabè savent tout juste pourquoi. Je m’explique.

Aujourd'hui on fête l’indépendance mais non la fête nationale du 11 décembre. Seulement les festivités du cinquantenaire de l’indépendance se feront le 11 décembre, qui commémore la proclamation de la république en 1958. Ce qui s’ajoute à une autre confusion entre le 4 et le 5 août : le 4 août, on fête la révolution de 1983 ou encore le changement de nom de la Haute Volta pour le Burkina Faso, un an plus tard.

Sinon, je travaille aujourd'hui. La radio ne s’interrompt pas en ce jour !

No 56 - Délestage


Ouagadougou, le 3 août 2010, 22h 

L’électricité vient d’être interrompue sur la capitale du Faso. Le riche comme le pauvre se trouve plongé dans le noir. Quoique… 


Les délestages d’électricité sont fréquents dans le pays, plus rare dans la capitale. Cependant au cours des mois de février, mars, avril, Ouagadougou a souffert de ces interruptions du courant. 

La production d’électricité du pays est tout juste suffisante et le moindre incident engendre des problèmes de production. La distribution de l’électricité est l’objet de la société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL). Elle est encore du domaine public mais son monopole est remis en cause en 1998 puis un processus de privatisation est engagé en 2001. Dans les faits, l’entreprise reste une entreprise publique.

No 54 - Encas


Ouagadougou, le 3 août 2010, 11h 

Aujourd'hui, à l’encas, ce sont des arachides non bouillies, non grillées, non salées. L’équipe a bien rigolé dans mes tentatives pour ouvrir ces petites capsules.

No 8 - Bain de foule


Ouagadougou, le 19 juillet 2010, soirée 

Durant la tournée des Grands Ducs, la voiture est tombée en panne en pleine voie aux environs de 19 heures, tout près de la place de la révolution. Oh, c’était amusant ! 

Les voitures sont particulièrement maltraitées au Burkina. Seules les voies principales sont goudronnées. L’absence de caniveaux comme dans Ouaga 2000 ou à la Pâte d’Oie entraînent de larges érosions qui rendent les voies difficilement praticables. Et puis cette poussière orange, qui m’a tant marquée en arrivant, se retrouve partout… y compris dans mes yeux avec une belle conjonctivite. 

Sinon, deux jeunes sont venus nous aider et la voiture est repartie après un arrêt d’une demi-heure au milieu du carrefour. Diagnostic : démarreur 

Au Burkina, la nuit tombe vers 19h et le jour se lève vers 5h. Il fait plus de 30°C durant la journée, aux alentours de 28°C la nuit.

No 7 - Un Burkinabè qui aime le froid


Ouagadougou, le 19 juillet 2010, 11h 

Rencontre avec le DRH de la radiodiffusion du Burkina (18°C dans son bureau). 

La radio appartient à l’ensemble RTB, la radiotélévision publique du Burkina Faso. Elle couvre au mieux l’étendue du pays et diffuse en priorité en français. Elle comporte quatre sections : information, programme, diffusion, sport. Le programme s’occupe des émissions et des animateurs. La diffusion gère certaines émissions comme les programmes musicaux mais aussi les archives. 

Résumons : 

La radio ne prend jamais de débutants mais ma tantie ayant insistée… Il serait mieux de réaliser mes sept semaines de stage à la radio, contrairement à l’idée de départ d’aller à la fois en radio et en télévision. Le directeur a fortement insisté pour que je critique la radio africaine. Tâche difficile alors que la chaine n’est pas accessible sur Internet et que je n’ai encore pu écouter un seul journal. Enfin il m’a mis en garde face au rythme très soutenu et à la masse de travail dans la rédaction. 

RDV lundi 8h pour le début de mon stage.

No 5 - Ouaga de nuit


Ouagadougou, le 18 juillet 2010, 21h 

Ouaga de nuit est une ville peu éclairée. Sur la voie principale, on trouve des lampadaires au centre de la chaussée mais les voitures, vélos, ânes, piétons et scooters ne sont que très rarement allumés. Proche du palais présidentiel, quelques illuminations de Noël agrémentent la chaussée. 




Au menu ce soir : poisson grillé, atieke, allocco 

Une seule piqure de moustique…

No 3 - Des fiançailles ?


Ouagadougou, le 18 juillet 2010, 17h 


Me voilà embarquée dans la demande en mariage de la plus jeune sœur de mon parrain = Assita. Pour cela, des émissaires de la famille du jeune homme demandent la main de la jeune fille. Les trois émissaires étaient le papa du jeune homme (exceptionnel dans ce type de tradition), un sage du village ainsi qu’un griou, un homme en charge des affaires de la famille. 

Et tout ce beau monde ne parlait pas en français : grands moments de solitude en perspective. Je crois qu’il faut tendre la joue gauche pour la bise : rejoue encore. Pour serrer la main, jusqu’ici la main droite semble fonctionner. Et après ils m’ont assis dans le cercle principal où je pense avoir été la seule femme : ni la prétendante ni sa maman. Après j’ai observé tous ces gens et j’ai pu constater qu’ils ne se regardaient pas lorsqu’ils se parlaient. Ils sont pourtant tous passer aux rayons X : les coiffes des jeunes filles dans la cuisine, l’habit du papa vert clair avec une étole vert saphir, les jeux de main, les regards, le jeu de la fausse négociation, l’offrande des noix de kola, l’égrenage de chapelet…

No 2 - Premières observations urbaines


Ouagadougou, le 18 juillet 2010, 16h 

L’aéroport est en rénovation. Sur la route, on trouve peu de panneaux publicitaires et s’il y en a, ils sont principalement dédiés à des marques occidentales. L’habitat n’est pas dense sur cette partie de la ville : Ouaga 2000. Il ne me semble pas avoir distingué quelques panneaux d’indication routière. Sur la route, on circule aux côtés de voitures comme la notre, de scooters, vélos, ânes et piétons, le tout sans casques ni ceintures de sécurité. Je me suis fait disputée dès en arrivant « Ici, on ne se boucle pas ». Le long des routes, des rues, on trouve toute la panoplie du commerce informel (à ne pas confondre avec illégal).