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Interdisciplinaire - transdisciplinaire - pluridisciplinaire

H.H.F!!!
Le 26 novembre 2010, 11h30, Mme Sonnac : 
J’écoutais bien sagement un xème enseignement de méthodologie de la recherche quand tout à coup, entre le modèle de référencement des ouvrages et la problématique « ensemble des hypothèses, des orientations, des problèmes envisagés dans une théorie, dans une recherche », j’apprends que mon mémoire s’inscrit dans le transdisciplinaire, voir le pluridisciplinaire. 

Fichtre, moi qui suis interdisciplinaire de par ma discipline, la géographie. Et que l’interdisciplinarité est le maître mot de la citadelle, aka Normale Sup’. Oh mon Dieu, j’ai changé de paradigme sans même m’en apercevoir ! 

Allons-y gaiement, dictionnaire très cher : transdisciplinaire, « qui dépasse les cloisonnements entre les disciplines » ; pluridisciplinaire, « qui concerne plusieurs disciplines, domaines d’étude » ; interdisciplinaire, « qui relève des relations entre plusieurs disciplines, plusieurs sciences ». L’interdisciplinaire implique donc que les frontières entre les disciplines soient fixes et étanches. Oh que je n’aime pas ça… Comment les frontières de la géographie peuvent-elles être fixes et étanches alors que nos charmants professeurs refusent d’enseigner la géographie physique, que les sciences nous ont escamoté l’environnement, que les sciences politiques dévalisent la géopolitique et que la ville est parfois tellement mieux étudiée par les sciences sociales ? Je dirais bien que notre champ disciplinaire tend à se réduire à une peau de chagrin en France. Il y a dissonance cognitive ! 

Comment balayer quatre en an de paradigme ou l’art des séminaires de recherche… 

NB du 8 janvier : Pour la nouvelle année, les Cafés géographiques ont écrit un charmant éditorial où il est question du rognage de la géographie.

De la géographie politique à la géopolitique

gear by © Anti-Pati-ya
gear by © Anti-Pati-ya
     Friedrich Ratzel et Rudolf Kjellén sont-ils à l’origine de la géopolitique ? Paul Claval offre une transition entre Ratzel et Haushofer toute en fluidité tandis qu’Yves Lacoste et Michel Korinman assurent une distinction formelle, une rupture entre la géographie politique et la géopolitique d’Haushofer. 

     Classiquement, la géographie politique se distingue de la géopolitique ; la première décrit, la seconde explique. S’il on s’en tient à cette différenciation alors pourquoi ne pas considérer les travaux de Ratzel et de Kjellén comme tenant de la géopolitique. En effet, ceux-ci ne décrivent plus simplement l’organisation du monde mais développent un système d’explications : des facteurs justifiant cet ordre mondial.

     Le second argument, il me semble, ne dément pas le précédent. Ratzel et Kjellén offrent une théorie compliquée, issue des sciences naturelles. Mais elle ne propose rien aux politiques, elle n’expose pas de plan d’action. La geopolitik apparaît à la suite de la Première Guerre Mondiale dans laquelle l’Allemagne est perdante. Ainsi, c’est en opposition avec cette géographie politique trop théorique et académique qu’émerge une géopolitique plus pragmatique. 

     Quelques recyclages s’opèrent ! Le nom de géopolitique sera emprunté à Kjellén par Karl Hausofer, tenant de la geopolitik allemande. Les emprunts aux écrits de Kjellén semblent limités. Néanmoins, cet auteur facilite la lecture de l’œuvre de Ratzel, Politische Geographie, en proposant une vision concise de la métaphore organique.

     Si la notion de Lebensraum est réemployée, c’est qu’elle est assez commode. Suite au traité de Versailles, l’espace national allemand a été amputé. Pour les milieux pangermanistes, le peuple allemand est trop à l’étroit dans son espace et ne peut se développer, s’épanouir comme il se doit. L’espace nécessaire à sa croissance n’est pas garanti. L’Etat se doit de procurer un espace suffisant au peuple allemand. 

     Autre emprunt au travail de Ratzel : les frontières ne sont pas fixes et elles évoluent naturellement selon les phases de la vie d’un Etat. Cette non-fixité des frontières permet de dénoncer les tracés du traité de Versailles. La géopolitique utilise des éléments de la pensée de Ratzel mais les lie à une action immédiate. 

     Le travail de Ratzel est très daté et très ancré au XIXe siècle. De nombreux peuples germanophones ne vivent pas au sein des frontières de l’Etat allemand. La frontière orientale reste floue. Sa géographie politique ne s’applique qu’aux Kulturvölker et explique les relations européennes du XIXe siècle. 

     Rudolf Kjellén s’accorde lui aussi à son temps. La Suède est un pays rural et pauvre de l’Europe, l’industrialisation commence juste alors que la population fuit vers le nouveau monde. Les libéraux au pouvoir entretiennent un appareil Etatique minimum. Ainsi, il s'oppose à une simple vision juridique de l'Etat et affirme ses constituants naturels = la géo-politique et ses constituants culturels = l'ethno-politique. Mais surtout, Kjellén est fasciné par la culture cosmopolite allemande de l’Europe centrale et c’est auprès d’académiciens allemands qu’il recevra l’attention.

Bibliographie sélective :
CLAVAL Paul, (1984), Géographie humaine et économique contemporaine, PUF : Paris
KJELLEN Rudolf, (1916), Staten som livensform, Hugo Gebers förlag : Stockholm
KORINMAN Michel, (1990), Quand l'Allemagne pensait le monde - Grandeur et décadence d'une géopolitique, Fayard : Paris
LACOSTE Yves (dir.), (1993), Dictionnaire de géopolitique, Flammarion : Paris
TUNANDER Ola, (2001), Swedish-German geopolitics for a new century Rudolf Kjellén’s ‘The State as a Living Organism’, p 451-463, in Review of International Studies n° 27
TUNANDER Ola, (2008), Geopolitics of the North: Geopolitik of the Weak – A Post-Cold War Return to Rudolf Kjellén, p 164-184, in Cooperation and Conflict: Journal of the Nordic International Studies Association Vol 43 n°2

Rudolf Kjellén, la géo-politique

 Preparing for war.. by © Techno2000
 Preparing for war.. by © Techno2000
     Rudolf Kjellén est un universitaire suédois, spécialiste de sciences politiques, formé à la toute jeune université de Göteborg. Il emploie, pour la première fois, la contraction de géographie politique = la geopolitik.

     Kjellén est aussi un chanteur, et c’est en cette qualité qu’il parcourt le monde. De 1911 à 1914, il écrit sur les grandes puissances, Stormakterna I-IV puis Samtidens stormakter. Son ouvrage majeur, Staten som livensform, publié en 1916, connut plus de 25 éditions en Allemagne. Il ne fut jamais traduit en anglais ou en français.

     Selon Kjellén, l’Etat n’est pas une simple entité juridique mais un organisme dynamique. On retrouve quelques références à Ratzel dont il commentât l’œuvre. L’Etat est composé d’un appareil de gouvernement, un espace = la géo-politique et d’un peuple, d’une nation = l’ethno-politique. L’Etat n’est pas un mélange de cette entité naturelle et de son pendant culturel ; ce sont les deux éléments complémentaires et constitutifs de l’Etat. Ainsi Kjellén offre une théorie de l’Etat et n’a jamais imaginé la géopolitique isolée de son pendant culturel, l’ethno-politique. La démonstration de Kjellén débute avec l’étude des discours journalistiques à propos de l’Etat : l’Uncle Sam, la mère suédoise Moder Svea, etc. Tout au long de l’ouvrage, il utilise la métaphore. Lorsque le corps est amputé, il cherche à développer au maximum ses autres membres afin de combler cette perte. Le corps ne cherche pas um membre de remplacement. La Suède, qui subit ses dernières pertes territoriales au XIXe siècle, doit alors intensifier la colonisation de ses régions nordiques afin de compenser la perte du territoire finnois. 

     Kjellén s’est engagé politiquement mais s’oppose aux libéraux au pouvoir qui entretiennent un appareil Etatique minimal ainsi qu’aux socialistes qui développe celui-ci au maximum. Curieusement, les sociaux-démocrates s’inspireront de Kjellén quand aux questions démographiques ou encore la mise en valeur des régions nordiques. 

Bibliographie sélective :
KJELLEN Rudolf, (1916), Staten som livensform, Hugo Gebers förlag : Stockholm
KORINMAN Michel, (1990), Quand l'Allemagne pensait le monde - Grandeur et décadence d'une géopolitique, Fayard : Paris
TUNANDER Ola, (2001), Swedish-German geopolitics for a new century Rudolf Kjellén’s ‘The State as a Living Organism’, p 451-463, in Review of International Studies n° 27
TUNANDER Ola, (2008), Geopolitics of the North: Geopolitik of the Weak – A Post-Cold War Return to Rudolf Kjellén, p 164-184, in Cooperation and Conflict: Journal of the Nordic International Studies Association Vol 43 n°2

Friedrich Ratzel, la géographie politique

little world by ©~smmr-sen
little world by ©~smmr-sen
     Friedrich Ratzel est un biologiste allemand. En 1881, il publie l’Anthropogéographie dans laquelle il sollicite la zoologie et l’étiologie afin d’expliquer la répartition des groupes humains et leur dynamique dans l’espace. Dans cet ouvrage à succès, il introduit la distinction entre Naturvölker et Kulturvölker. Les Kulturvölker sont des peuples évolués qui vivent au sein d’Etats. C’est donc un nouveau cadre d’analyse, exclusif à ce type de peuple, que Ratzel propose, en 1897, dans sa Politische Geographie oder die Geographie der Staaten, des Verkehres und des Krieges (soit Géographie politique ou la géographie des Etats, de la circulation et de la guerre).

     Ratzel développe une conception organique de l’Etat. L’Etat naît, croît, arrive au stade de maturité, vieillit puis meurt comme tout être vivant. L’espace joue un rôle nourricier durant la phase de croissance. Si l’espace n’est pas suffisamment grand, alors il n’est pas possible au peuple qui lui est attaché de s’épanouir. Ratzel introduit la notion de Lebensraum = espace vital sur laquelle il écrira en 1901. Il assure que le peuple, c'est-à-dire un groupe humain lié spatialement, a des conceptions plus ou moins grandes de son espace. Par conséquent, afin de favoriser l’expansion territoriale, il faut éduquer le peuple à une représentation plus grande de son espace.

     Seulement les phases d’expansion territoriale se font au détriment d’autres organismes. Il s’ensuit une lutte à mort entre les Etats tout comme les êtres vivants luttent pour leur survie au sein de la théorie de l’évolution de Darwin. Selon Ratzel, la frontière est une production spatiale qui n’est pas fixe mais qui illustre le rapport de force entre deux Etats. Ainsi Ratzel analyse les conflits Etatiques à l’aide d’une théorie scientifique. C’est la croissance d’un Etat, soit une croissance territoriale, qui explique l’aspect conflictuel des relations entre Etats. C’est tout à fait « naturel » et prévisible.

     Ratzel se soucie de l’échelle Etatique et puise ses exemples dans l’histoire, suivant la tradition de Ritter. Mais l’Etat dont il parle est celui de la Prusse ou de la Saxe et non l’Allemagne. Sa géographie politique se constitue alors que la géographie s’institutionnalise. C’est auprès des sciences dures qu’il cherche une argumentation. En France, l’institutionnalisation de la discipline n’est pas si différente, seulement l’école de géographie est plus volontiers attirée par le néo-lamarckisme que le darwinisme.

Bibliographie sélective :
CLAVAL Paul, (1984), Géographie humaine et économique contemporaine, PUF : Paris
KORINMAN Michel, (1990), Quand l'Allemagne pensait le monde - Grandeur et décadence d'une géopolitique, Fayard : Paris
LACOSTE Yves (dir.), (1993), Dictionnaire de géopolitique, Flammarion : Paris
LAROUSSE, (2010), Friedrich Ratzel
LEVY Jacques, LUSSAULT Michel (dir.), (2003), Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés, Belin : Paris

Exercice de style

Whispers at night
Petit bijou stylistique, vois-tu les historiens sont parfois décrits comme des écrivains ratés… Des écrivains ratés, certes mais qui écrivent incontestablement mieux que les géographes. Alors il nous faut de temps à autres avancer les ouvrages particulièrement bien écrits. Ont-ils du mérite pour autant ? Il s’agit bien souvent de géographes dont la formation historique est plus élevée que la moyenne. Encore un préjugé qui connaîtra une vie prospère. 

Aujourd'hui, je voulais donc te présenter un morceau choisi du livre Géographie humaine et économique contemporaine où M Paul Claval imagine un sujet traité de six manières différentes selon l’époque, l’école, le paradigme. 

Petit aperçu : 

Chapitre 2 : Un exemple : Montréal et le Québec vus à travers les trois conceptions classiques de la géographie p 39-54

I Le Québec et Montréal : l’optique régionale p 39-43
II Le Québec et Montréal : l’optique des relations des hommes et du milieu p 44-48
III Le Québec et Montréal : l’optique du paysage p 48-53
IV Conclusion p 53-54


Chapitre 6 : Montréal et le Québec selon les conceptions modernes de la géographie p 129-145

I Le Québec et Montréal vus par les géographes systématistes des années 1960 p 130-137
II Le Québec et Montréal à travers les développements théoriques des années 1970 p 137-140
III La vue radicale du Québec et de Montréal p 140-142
IV Le factice et l’authentique : pour une appréhension phénoménologique de la réalité québécoise et montréalaise p 143-145


Il me semble que cet exercice est enrichissant pour l’épistémologie. Parfois, deux chercheurs peuvent se croiser sur un unique terrain ou objet géographique avec deux approches géographiques dissemblables. C’est ainsi que Sylvie Jaglin (géopolitique) et une collègue canadienne (genre) obtinrent des conclusions quasi-opposées alors qu’elles étudiaient l’impact du forage d’un puits dans une communauté burkinabé. 

CLAVAL Paul, (1984), Géographie humaine et économique contemporaine, PUF : Paris 

La géographie du genre et ses apports

feminist by © red-moonlight
feminist by © red-moonlight
     Cette semaine, j’inaugure un nouveau type d’épreuve : un oral pour sanctionner la séquence d’épistémologie de la géographie. Nous pouvons présenter un livre de notre choix au sein des bibliographies de la séquence, ou bien, répondre à une question parmi une trentaine.

     J’ai préféré le sujet 2 avec la question Quels sont les apports de la géographie du genre à la géographie ? Le temps de parole est de 7 à 10 minutes ! 

     Le genre est un sujet très délicat au sein de la géographie française. Les critiques sont féroces envers cette branche anglo-saxonne qui s’attache à la (dé)construction sociale qu’est le genre.

     Je suis Française. Lors de mon arrivée à Stockholm, j’étais aussi réticente que mes collègues ou professeurs. Et puis, j’ai découvert des réflexions bien plus subtiles que ce que nous offrent les détracteurs français. Le genre n’est pas une spécialité nordique mais le courant reçoit un écho favorable en raison d’un contexte social et politique marqué par une émancipation avancée de la femme. Mais employer la notion de genre en géographie ne se résume pas à l’activisme au sein de mouvements féministes. Oui, quelques géographes se sont interrogés sur le rôle de l’espace dans la construction du genre, et parfois des inégalités de genre. Mais le mouvement a également questionné nos outils, nos méthodes. Non, chaque article de géographie des genres ne conclut pas sur une critique de l’homme, blanc, occidental et hétérosexuel dominant l’autre, les autres.

     J’estime que l’on peut critiquer cette approche et ses résultats lorsqu’elle est exclusive, tout comme l’utilisation abusive française de la géopolitique !

     Autre souci du sujet : comment individualiser les apports de la géographie du genre parmi les évolutions de la géographie ? Depuis les années 1960, le genre n’est pas la seule préoccupation du géographe : la race et les post-colonial studies, la classe et la radical geography, un retour général à une approche qualitative mais aussi les SIG et le développement durable dont ont su s’emparer certains géographes. Alors, à qui revient le mérite ?

 Mon texte d'appui à l'oral
Mon texte d'appui à l'oral

Bibliographie sélective :
BERG Nina Gunnerud, FORSBERG Gunnel, (2003), Rural geography and feminist geography: Discourses on rurality and gender in Britain and Scandinavia, p 173-190, dans Voices from the North – New Trends in Nordic Human Geography, Ashgate: Aldershot
SETTEN Gunhild, (2003), Landscapes of gaze and practice, p 134-144, dans Norsk Geografisk Tidsskrift – Norwegian Journal of Geography, Vol 57, Oslo
CRAVEY Altha J., (2007), ‘El otro lado’ and transnational ethnographies, p 245-254, dans TICKELL Adam, SHEPPARD E, PECK J, BARNES T, Politics and Practice in Economic Geography, Sage: London

Avant la géopolitique, c'était simple

The ring is callin' by © AataRax-ya
The ring is callin' by © AataRax-ya
     Avant, c’était lorsque j’étais en Licence. La géopolitique était une approche méthodologique qui avait deux origines :
- une allemande avec les noms de Ratzel et Haushofer
- une anglaise avec Mahan et MacKinder


     Et puis, en France, la géopolitique était devenue taboue. Car la géopolitique était une science praxéologique utilisée par des politiques allemands, justifiant les actions du IIIème Reich. Alors à la fin des années 1970, des chercheurs tentant d’expliquer le conflit vietnamien, la révolution iranienne ou encore les manœuvres des Soviétiques en Afghanistan sortent du placard cet outil. Ils ne sont pas nombreux, Yves Lacoste sera le grand Monsieur.

     Durant ma licence, j’ai croisé le nom d’Yve Lacoste… Mes lectures, lorsque j’ai choisi la géopolitique comme option, m’ont amené à François Thual, Aymeric Chauprade, Michel Foucher et Stéphane Rosière en dehors des traditionnels auteurs d’Hérodote (Barbara Loyer, Béatrice Giblin, Jean-Luc Racine, Frédérique Douzet, Alain Gascon). C’était la licence, c’était le bon temps et j’ai pu écrire une introduction (english version) à la géopolitique française pour mes enseignants du département de géographie humaine à Stockholm. Un comble, Kjellén n’était pas Suédois ?

     Aujourd’hui, bienvenue dans les querelles de chapelle du monde académique parisien. La géopolitique, c’est une discipline (Yann Richard), c’est une approche qui ne devrait même pas être enseignée puisque ce n’est pas une discipline (Michel Foucher). Elle est au service de la praxis, elle est praxéologique (Michel Foucher) alors qu’à Nantes, et dans les propos de Sylvie Jaglin, la géopolitique n’était surtout pas une science praxéologique (ni une science, ni praxéologique) puisque c’est ce point précis qui amena aux dérives allemandes.

     La géopolitique a pour origine Carl von Clausewitz, Alfred Mahan et Julian Corbett (Yann Richard). Bon, on cherche tout de même à saluer les Français : Paul Vidal de la Blache, Jean Gottmann. Après tout, ils cherchaient eux aussi le lien entre espace et pouvoir politique.

     La renaissance de la géopolitique en France est due à deux hommes : Yves Lacoste, Jacques Soppelsa (dixit Jacques Soppelsa). Mais en réalité, il n’existe pas une géopolitique française mais une unique géopolitique (Yann Richard). A l’opposé, d’autres vous proposent une géopolitique française, une geopolitics anglo-saxonne, une démarche allemande et une tradition latino-américaine, un peu militaire tout de même ? Avec tout ça, j’ai même découvert une géopolitique italienne autour de la revue Limes, à l’origine d’Heartland.

     La puissance est un concept central de la géopolitique (Yann Richard). Il me semblait pourtant que la puissance était la notion centrale des relations internationales tandis que les enjeux de pouvoir sur un territoire occupaient les géographes que nous sommes. A propos, comment différencie-t-on la géopolitique de la géographie politique, de la géostratégie et des relations internationales ?

     Je vous épargne. Vous aussi, surfez sur la vague géopolitique !

Sélection d’enseignements :
DEBIE Franck, (2010), Géopolitique des processus de paix, ENS : Paris
DEBIE Franck, (2010), Géopolitique théorique, ENS : Paris
FOUCHER Michel, (2009-10), Géopolitique des frontières, ENS : Paris
FOUCHER Michel, (2009-10), Géopolitique des relations internationales, ENS : Paris
GRENIER Christophe, VERNICOS Sophie, (2007), Régions, Nations, Aires culturelles, Université de Nantes
JAGLIN Sylvie, LUQUIAU Clotilde, (2008), Géopolitique du monde contemporain, Université de Nantes
RICHARD Yann, (2009-10), Note de synthèse, Université de Paris 1 – Panthéon Sorbonne
SOPPELSA Jacques, (2009), Introduction à la géopolitique, Université de Paris 1 – Panthéon Sorbonne

Etudier la géographie en Suède

 KRICHEWSKY Léna, MILHAUD Olivier, PETTINAROLI Laura, SCOT Marie (dir.), (2007), Guide de l’étudiant européen en sciences sociales, Belin : Paris
Ce petit livre bleu synthétise quelques expériences Erasmus afin de guider les nouveaux étudiants dans cette aventure. Dans le cadre de l’épistémologie, cet ouvrage nous offre un panorama de la géographie en Europe. Chaque pays présente une communauté, ses grands noms, une discipline plus ou moins académique, des spécificités. Après un échange de 10 mois à l’université de Stockholm, je tente l’exercice pour la géographie en Suède.
3 Etudier la géographie en Suède

     En Suède, on suit une Licence de géographie humaine ou bien une des Licences de géographie physique. Chaque enseignement vaut 7,5 ECTS soit 5 semaines, ce qui facilite les comptes Erasmus ! En Master, un enseignement est égal à 15 ECTS soit 10 semaines. On enchaîne un cours après un autre sans chevauchement. Le calendrier universitaire est de 40 semaines soit 10 semaines de plus qu’en France. C’est un long travail d’endurance ! 

     En règle générale, un enseignement comporte des lectures, des seminars et éventuellement des laboratories (pour la méthodologie). Attention, les premiers temps peuvent être déconcertants, l’enseignant est un animateur plus qu’un professeur : il répartit le temps de parole, recentre les débats durant les seminars ; présente la littérature durant les lectures, répond à d’éventuelles questions. Mais l’enseignant ne donne pas son avis, ne prend pas position dans un débat. Le retour en France peut s’avérer difficile aussi !

    Excepté durant les enseignements de méthodologie, chaque semaine comprend, en moyenne, quatre heures de présence réelle à l’université. L’essentiel du temps est composé de lectures obligatoires qui font l’objet d’examens, les home assignments. La participation au séminaire est également jugée ce qui exige une préparation. Souvent, un « dossier » valide une matière. Plus spécifiquement à la géographie, les sorties terrains sont nombreuses mais ce sont les étudiants qui les préparent. Les professeurs ajoutent des éléments ponctuels.

     Les devoirs sur table sont rares car ils mobilisent du personnel (un surveillant pour 10 étudiants), des locaux. Le home assignment est un devoir de 24, 48 ou 72 heures. L’énoncé du devoir est déposé sur la plateforme pédagogique à 9h et les réponses doivent être postées dans les heures qui suivent.

     En général, le travail écrit est essentiel dans le cursus du géographe. L’obtention de la Licence est sanctionnée par un travail de recherche de 30-50 pages, le Master par un mémoire, etc. On exige des étudiants une rigueur et une précision bien plus élevée qu’en France. Le système de référence est très développé, il est impératif de justifier ses écrits, de se placer par rapport aux auteurs internationaux, aux courants de pensée.

     L’ensemble de ces éléments est inscrit sur le livret du cours distribué lors de la première séance : objectifs, langue d’enseignement, calendrier, devoirs, bibliographie. Beaucoup d’enseignements se font en langue anglaise mais pas l’intégralité. Souvent, les Masters sont en anglais. Pour un échange Erasmus, les deux calendriers correspondent bien puisque les Suédois commencent plus tôt, mi-août, et finissent fin mai (pas d’interruptions de cours au second semestre). Toutes les universités suédoises ne proposent pas la géographie, en particulier la plus ancienne Uppsala. Göteborg possède un département pointu en géographie économique. La géographie du tourisme est une spécialité de Umeå, avec une participation des géographes allemands.

Bibliographie sélective :
KRICHEWSKY Léna, MILHAUD Olivier, PETTINAROLI Laura, SCOT Marie (dir.), (2007), Guide de l’étudiant européen en sciences sociales, Belin : Paris

Contours de la géographie en Suède

 KRICHEWSKY Léna, MILHAUD Olivier, PETTINAROLI Laura, SCOT Marie (dir.), (2007), Guide de l’étudiant européen en sciences sociales, Belin : Paris
Ce petit livre bleu synthétise quelques expériences Erasmus afin de guider les nouveaux étudiants dans cette aventure. Dans le cadre de l’épistémologie, cet ouvrage nous offre un panorama de la géographie en Europe. Chaque pays présente une communauté, ses grands noms, une discipline plus ou moins académique, des spécificités. Après un échange de 10 mois à l’université de Stockholm, je tente l’exercice pour la géographie en Suède.
2 Contours de la géographie en Suède

     En Suède, comme dans l’ensemble des pays nordiques, la géographie appartient aux sciences de la terre. Les géographes suédois ont su profiter de l’émergence des sciences de l’environnement afin de consolider leur rôle dans la société. Au sein du Geovetenskapens hus, un département de géographie humaine Kulturgeografiska est délimité. Le terme de géographie est souvent restreint à l’usage de ce département. Malgré son institutionnalisation, la géographie n’est qu’une option du cursus secondaire. Par conséquent la géographie humaine, méconnue des étudiants, forme de petits effectifs mais un meilleur encadrement.

     Tout comme les géographes français, les Suédois s’attachent à conserver un large champ disciplinaire. La spécificité suédoise est la Time Geography initiée par Hägerstrand. Pour quelques applications françaises, on pourra consulter les travaux de Sonia Chardonnel à Grenoble. Cependant, cette démarche plutôt quantitative demeure ponctuellement utilisée au sein des recherches universitaires. La géographie du genre, d’origine anglo-saxonne, est incontournable dans les recherches suédoises. Ces deux approches géographiques s’illustrent au sein des projets d’aménagement du territoire, toujours lié à la géographie.

    A l’université de Stockholm, l’historical geography, également en provenance du monde anglo-saxon, bénéficie d’une équipe de recherche propre. Elle s’attache à une géographie de l’histoire, à l’épistémologie au travers d’outils mobilisés par les historiens (la carte, le cadastre, le carnet de voyage), au paysage comme une superposition de périodes historiques. 

     L’absence de la géopolitique interroge encore les Français. Certes Kjellen était suédois mais c’est au contact de la géographie allemande qu’il établit le terme de geopolitik. Les geopolitics anglo-saxonnes, qui ne sont pas proprement géographiques, n’ont pu intégrer le cursus suédois. La géographie suédoise est-t-elle hermétique à l’étude du politique ? Pas tout à fait, la political ecology, toujours en provenance du monde anglo-saxon, est mobilisée dans des études rurales des Suds.


     L’outil du géographe suédois est le SIG qui suppose une maîtrise des outils de cartographie ainsi que des statistiques. On insiste aussi sur la « mise en page » du SIG afin de communiquer vers un public non-connaisseur. Les étudiants de licence reçoivent en moyenne 60 ECTS d’enseignements méthodologiques ce qui leur assure des débouchés sur le marché du travail. La France étant une exception, il n’existe pas de cursus « professionnalisant » en Suède. 

    La géographie communique avec d’autres sciences : les sciences de la vie, la chimie, la physique, l’informatique. A Stockholm, il existe des passerelles entre les bâtiments. La géographie humaine communique plus facilement avec la démographie, parfois avec l’économie. 

     Les géographes suédois s’imprègnent des courants qui traversent la communauté anglo-saxonne. La revue Human Geography est publiée en langue anglaise. Les équipes universitaires scandinaves et nordiques sont aujourd'hui supplantées par de plus larges programmes européens. Ainsi Brita Hermelin et Lukas Smas participent National, European and Global Networks.


Bibliographie sélective :
KRICHEWSKY Léna, MILHAUD Olivier, PETTINAROLI Laura, SCOT Marie (dir.), (2007), Guide de l’étudiant européen en sciences sociales, Belin : Paris


NB : Pas de - 1 Brève histoire de la géographie en Suède -, je n'ai pas les connaissances pour l'écrire.

Geography Map

Le 16 septembre 2009, 12h15, Mme Collignon : 
Il faut préférer la terminologie « les géographes » à celle de « la géographie » dans nos devoirs. Youhou, allons-y gaiement ! 

Afin d’appliquer cette règle, fichtrement cool et tendance, il serait bon, me semble-t-il de mieux connaître nos prédécesseurs. Avec des moyens modernes et ludiques, qu’est-ce que t’en penses, Hortense ? Du haut de mes petits 22 ans, j’imagine assez bien une carte des géographes. Oh, une carte de géographes, c’est magnifique. Ce serait une carte, à la manière des music maps, comme ça. Ainsi, tu tapes le nom d’un géographe et un nuage de géographes proches apparaissent. Les liens de proximité seraient établi grâce à une base de données recensant les géographes, leurs directeurs de mémoire/ thèse/ HDR, leurs équipes de recherche, leurs collaborations au sein d’articles et d’ouvrages. On compléterait avec les liens familiaux et matrimoniaux. Ce serait tellement beau.