Les articles

300 mots et une sélection de références autour d'un sujet géographique

Les brouillons

Idées griffonnées dans la marge des feuilles de cours

Les notes

Quelques mots des conférences, colloques, films, rencontres, etc.

Les photographies

Dans la besace du géographe, des photographies de quelques terrains parcourus

Les instantanés

Journaliste en vadrouille sur les routes de France et de Navarre

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Café géographique - Quelle(s) géographie(s) les cinéastes fabriquent-ils ?

La saison des Cafés géographiques se termine pour l’équipe montpelliéraine avec ce classique : géographie et cinéma. Bertrand Pleven nous a offert une intervention dense, bien loin des critiques superficielles qui prolifèrent dans les médias. Ce professeur agrégé et doctorant a débuté par une esquisse du sujet, de ses limites, de sa littérature sans faire l’impasse des travaux du monde anglo-saxon… et de ses questions épistémologiques. Un effort de synthèse qu’il est bon de remarquer ! Nous avons poursuivi avec des extraits de films : Into the Wild, A propos de Nice, Holy Motors, Paris, A Touch of Sin et Les Chiens errants.
Ce que j’ai retenu : L’utilisation du cinéma en géographie ne s’improvise pas ! Il est bon pour commencer de s’appuyer sur une culture cinématographique. Ensuite si la méthodologie n’est pas consacrée par la littérature, il est toutefois logique d’appliquer la même du début à la fin. Cela peut en effet faire sourire. Il paraît également important d’avoir du recul par rapport à ces outils, à ces méthodes. C’est donc une approche qui mérite une connaissance approfondie de l’épistémologie de la géographie. Ce qui nous offre un gage de sérieux mais qui conduit vite au malaise, la même insatisfaction qu’en littérature et ses commentaires de textes. Découper, charcuter, interpréter des films puis spéculer semble tout de suite moins glamour.
Mon compte-rendu

Café géographique - La construction européenne a-t-elle relevé le défi de la cohésion territoriale ?

Edit du 15 mai : Le compte-rendu officiel vient d'être publié en ces pages. Bonne lecture !
Le Café géographique accueillait ce soir des membres du Cercle européen 34 pour parler Europe bien sûr. Benoît Montabone, enseignant-chercheur, faisait face à Cyril Robin-Champigneul, chef de la représentation régionale de la Commission européenne à Marseille. Les statistiques et leçons tirées à grands coups de pinceaux côtoyaient les impressions d’un fonctionnaire en province. 
Ce que j’ai retenu : Le café de ce soir a pris la forme d’un cours, d’un bon cours. Le propos était peu novateur mais censé et réaliste. Il se prêtait aux petits mots griffonnés dans la marge. Et c’est une question éthique qui est apparue dans mon cahier. Car les intervenants de ce soir discutaient de l’intégration européenne, de l’harmonisation des pratiques à travers le continent, « par le bas ». Celles que l’on ne vote pas, que nos députés ne votent pas non plus. Celles qui s’appliquent même en Turquie, État candidat à l’intégration mais non membre à ce jour. Alors qui veut, qui décide, est-ce démocratique, comment le citoyen pourrait avoir prise sur ces pratiques ? Mes interrogations sont restées en suspens à 9 heures.
Mon compte-rendu

Café géographique - Les communautés Inuit face au développement minier de l'Arctique

Edit du 30 mars : Le compte-rendu officiel vient d'être publié en ces pages. Bonne lecture !
Aucuns des deux intervenants de ce soir n’étaient géographes. Ce qui ne retire en rien à la qualité de ce café. Le sujet était vaste et notre temps compté pour se familiariser avec l’Arctique, sa géographie, son environnement, ses populations, pour ensuite discerner ces fameux enjeux miniers puis tenter d’apprécier les conséquences de tout cela. Vaste programme !
Ce que j’ai retenu : L’alimentation des hommes comme celle de la faune arctique change. Est-ce une conséquence du développement d’exploitations minières ? Il semblerait. Dans quelle mesure ? Ce sera plus difficile à évaluer. Voilà l’un des nombreux résultats des études du CNRS dans cette région du Nunavut.

Maintenant si l’alimentation a retenu mon attention, c’est parce qu’il m’a semblé que l’on pouvait dérouler cette histoire précisément, par ce bout de laine. Déformation professionnelle s’il en est. Les mines produisent de la poussière sur les mousses et lichens des alentours. Elles altèrent alors l’alimentation du gibier, maillon de la chaîne alimentaire jusqu’à nous. Ce même gibier s’éloigne des installations humaines car une route lie désormais cette communauté au Sud, de manière permanente. Le trafic ainsi généré conduit à une modification des trajectoires des troupeaux. Ca, c’est côté chasse et de ce fait, alimentation traditionnelle. Les exploitations minières, outre des infrastructures, procurent une ressource pécuniaire. L’offre alimentaire, qui repose sur un régime alimentaire dit du « Sud », est par ailleurs renforcée grâce à l’approvisionnement plus régulier de l’unique supermarché. Ce changement de régime n’est pas sans conséquences. Le nombre de maladies cardio-vasculaire a explosé. Nouveauté également, cette dichotomie entre alimentation traditionnelle et alimentation du Sud qui divise des membres d’une même communauté, des générations d’une même famille, etc.. Et ainsi de suite, l’histoire peut être déroulée.
Mon compte rendu

Café géographique - Montpellier, une métropole en projet

Edit du 2 mars : Le compte-rendu officiel vient d'être publié en ces pages. Bonne lecture !
Imaginons un café géographique où un enseignant, souhaitant probablement être calife à la place du calife ou en mal de reconnaissance, décide de préparer SON café géographique en cours. Qu’il en vienne même à imaginer emmener ses étudiants. Et pourquoi pas leur faire préparer des questions à poser !
En face, mettons un enseignant, un second, mais celui-ci serait plutôt du genre à s’éterniser, à avoir du mal à quitter le monde des bisounours.
Évidemment, ils se connaitraient et les arguments ad hominem auraient du mal à être contenus. Plus on est de fou, plus on rit alors ajoutons un troisième intervenant, remplaçant lui-même, au pied levé, un homme politique empêché.
Devant la teneur des propos, nos étudiants s’endorment… consultent les derniers statuts mis à jours sur leur mur Facebook, pardon… Vexé, notre protagoniste number one s’insurge : « je suis étonné que parmi les étudiants de la filière urbanisme, venus en masse ce soir, et qui ont par ailleurs travaillé sur les documents de Montpellier 2040, aucun n’ait de question à poser ». Une fois, deux fois… ah une question. Nous vous écoutons… Ah raté, hors sujet. La prochaine fois, faites un effort de syntaxe s’il-vous-plaît.
Un tel café géographique serait fort triste. Oui, je le crois volontiers. Espérons que l’Arctique ne passionne moins les foules !
Ce que j’ai retenu : rien. Pas de faits, pas de données, que du blabla…
Mon compte rendu

Café géographique - Quel littoral pour le Languedoc-Roussillon d'ici à 2050 ?

Nouvelle ville, nouveaux cafés géographiques. Les géographes montpelliérains se retrouvent au café Riche. Ce soir, le match de football de Ligue des champions pressait le débat. Deux heures et demie tout de même… où le mot scénario cherchait son pluriel.
Ce que j’ai retenu : Il était question de prospective et donc d’une méthodologie peu employée dans les recherches académiques. Régis Morvan partageait volontiers ses outils à la table des discussions. Le public appréciait. En revanche, peu d’images ont filtré de ce littoral d’ici à 2050. La direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement a conduit cette étude comme une aide à la décision : « si vous souhaitez cela, très bien, mais il va falloir vous bouger ! ». Une étude peu sexy qui s’est intéressée à un territoire nouveau, l’agrégation des communautés de communes côtières au sein de la région administrative. Pourquoi la Dreal a jugé bon de dessiner ce territoire ? Pour sa propre analyse, pour coller à un espace vécu, pour offrir une nouvelle circonscription à des stakeholders… L’ensemble des travaux de la Dreal sont consultables ici.
Mon compte-rendu


Radio kom.post

La rentrée radiophonique rend parfois morose. C’est comme ça. Les émissions ont un goût de déjà entendues. Votre émission fétiche reçoit Untel déjà entendu au sujet de la géopolitique du football, du conflit syrien et d’une cartographie des élections législatives en France depuis la Seconde Guerre Mondiale. A croire que les carnets d’adresses virtuels prennent la forme d’un réseau bien hiérarchisé.

Le star-system a encore eu la peau d’une ou deux émissions par grille d’antennes nationales. La diversité de l’expression radiophonique en prend pour son grade.

La nostalgie des radios libres nous gagne alors… Un peu comme un universitaire et mai 68. Que l’on n’a pas connu. Mai 68 comme le temps des radios libres. Oui, grossière erreur ! Ne parlons même pas de pousser le vice à assister, voir participer à un piratage éphémère et local des ondes.

Pirater mais pour dire quoi, pour faire quoi, pour diffuser quoi ?

Mouais, on y réfléchira un autre jour. L’expérience de Radio kom.post était désillusionnante : pirater pour nous proposer trois émissions cérébrales et nombrilistes.

What a Hundred Million Calls to 311 Reveal About New York
La radio piratait depuis La Panacée, à Montpellier dans le cadre d’une exposition intitulée Conversations électriques. La majorité des œuvres sont des cartes ou comportent des indications de lieux. La conversation qui n’implique par définition que des personnes est représentée par des paysages, par des lieux connectés. 

Chose curieuse mais qui ne nous paraît pas déraisonnable.

Ce n’est pas nécessairement une lubie d’artistes. Nos premiers mots sont souvent « tu es où ? », le téléphone portable au creux du cou.

Mais c’est remarquable.

Once upon a time

© Duy Huynh
Mary Kingsley, lors d'une conférence au Cheltenham Ladies College, en 1898 
Once a hippopotamus and I were on an island together, and I wanted one of us to leave. I preferred it should be myself, but the hippo was close to my canoe, and looked like staying, so I made cautious and timorous advances to him and finally scratched him behind the ear with my umbrella and we parted on good terms.

Sprawl - la leçon de géographie d'Arcade Fire

© Oscar Delmar
Dernièrement, enfin il y a déjà six mois… j’ai brillamment réussi un partiel avec du Arcade Fire plein les oreilles. Et non, ce n’était pas en géographie : « Ce que les controverses autour des WikiLeaks nous disent et ne nous disent pas des processus d'internationalisation des médias ». Note qu’il y avait tout de même le terme internationalisation. Mais non, le plan emboîtement d’échelles ne m’a pas tenté. Genre les géographes ne connaissent que ce plan…

Et non, l’écoute de la musique n’est pas autorisée durant les partiels. Toujours est-il que quelques morceaux d’Arcade Fire me trottaient dans la tête. Voilà-t’y pas que dernièrement, le vrai dernièrement, je me suis attachée aux paroles des titres de leur album The Suburbs, après avoir regardé le film qui l’illustre. Eh bien, c’est tout plein de géographie tout ça !


Entre autres, Sprawl II (Mountains beyond Mountains) :

They heard me singing and they told me to stop
Quit these pretentious things and just punch the clock
These days my life, I feel it has no purpose
But late at night the feelings swim to the surface

'Cause on the surface the city lights shine
They're calling at me, come and find your kind
Sometimes I wonder if the world's so small
That we can never get away from the sprawl

Living in the sprawl
Dead shopping malls rise like mountains beyond mountains
And there's no end in sight
I need the darkness, someone please cut the lights

We rode our bikes to the nearest park
Sat under the swings and kissed in the dark
We shield our eyes from the police lights
We run away, but we don't know why

And like a mirror, the city lights shine
They're screaming at us, "We don't need your kind"
Sometimes I wonder if the world's so small
That we can never get away from the sprawl

Living in the sprawl
Dead shopping malls rise like mountains beyond mountains
And there's no end in sight
I need the darkness, someone please cut the lights

They heard me singing and they told me to stop
Quit these pretentious things and just punch the clock
Sometimes I wonder if the world's so small
Can we ever get away from the sprawl?

Living in the sprawl
Dead shopping malls rise like mountains beyond mountains
And there's no end in sight
I need the darkness, someone please cut the lights


Je n'ai point inventé le fil à couper le beurre mais je lis the L café.

Voilà Marseille

Albert Londres écrit en 1926 Marseille, porte du Sud
Et chez nous ? Chez nous on ne veut connaître la mer que pour y prendre des bains. Nos compatriotes calmés ne cherchent pas des bateaux, sur un rivage mais des casinos. L’hiver, on part pour la Côte d’Azur. Mais qui s’arrête à Marseille ? Le plus beau port de France, cela n’intéresse personne. Parlez-nous de suivre une partie de tennis sur un court de Cannes !
L’ignorance des Français sur les choses de la mer est considérable. Quand par hasard un romancier écrit sur le sujet, il doit expliquer tous les mots du vocabulaire marin. Le dernier des boys de Londres en sait davantage que nos jeunes gens diplômés.

Il est des personnes qui, depuis trente ans, ont dépassé l’âge de raison et qui me demandent encore si les bateaux marchent la nuit. 

J’exagère ? Si peu ! Qu’un pays soit à dix jours de nos côtes, aussitôt plus personne ne sait si le pays est en Asie, en Afrique ou en Amérique. Donnons l’ordre à cent étudiants de partir sans délai pour les Grandes Comores, et nous en verrons cinquante aller prendre le train à la gare Montparnasse ! 

[…] 

Allez à Marseille. Marseille vous répondra. 

Cette ville est une leçon. L’indifférence coupable des contemporains ne la désarme pas. Attentive, elle écoute la voix du vaste monde et, forte de son expérience, elle engage, en notre nom, la conversation avec la terre entière.

Un oriflamme claquant au vent sur l’infini de l’horizon, voilà Marseille.

La mondialisation du café - le port de Marseille en 1926 par Albert Londres

© tejasjain
© tejasjain
Albert Londres écrit en 1926 Marseille, porte du Sud
Ce café vient de Moka. Du moins on le dit. Mais je vais vous dire ce que l’on dit. On dit que si tout le café qui vient de Moka poussait à Moka, cela se saurait. On sait tout le contraire. Moka est en Arabie, sur la mer Rouge. Le café qui vient de Moka pousse au Brésil ! Suivez-moi bien. Plutôt, suivez ce café. Il pousse au Brésil. On l’embarque sur l’Atlantique Sud. L’Atlantique Nord le berce un moment. Il passe par Gibraltar et, doucement, il s’amène sur la Méditerranée. Marseille ! On le débarque. On va le boire ? Pas si vite. Rentrez vos tasses dans le buffet. On le rembarque. Le voilà qui repart sur la Méditerranée, dans l’autre sens. Il longe les côtes de la Corse, il fend le détroit de Messine. Il se prélasse à l’abri de la Crète. A Port-Saïd, il retrouve sa chaleur natale. On le débarque. Qu’il soit sans crainte : ce n’est pas encore pour le brûler. On le rembarque. Sur un bateau khédivial, il va maintenant descendre jusqu’au bas de la mer Rouge. Lui est toujours blanc. Enfin, Moka ! 

Après un tel voyage, il a mérité de changer de linge. On le change de sac. Comme il se sent légèrement fatigué, on lui ajoute des grains de moka pour le remonter. Puis on le rembarque. Il est baptisé. Tête haute, il peut revenir à Marseille. Il est revenu. Le voici sur le quai.

La place de l'Afrique dans les relations internationales aujourd'hui

Retour à la Maison Mère avec son excellence, M Jean Ping, président de la Commission de l’Union Africaine alors que la précipitation militaire en Lybie semblerait effrayer la communauté diplomatique africaine avec son arrière goût Restore Hope. M le Président nous a dressé un portrait idyllique de ce continent africain et de son institution, l’Union Africaine. Ce discours fut néanmoins écarté par l’assistance bruyante, indisciplinée et passionnée laissant place à un débat d’une heure et demi.
Ce que j’ai retenu : Trois jeunes modérateurs n’auront suffi à calmer les esprits enflammés de la salle. Il faut dire qu’Ivoiriens et Gabonais s’étaient donnés rendez-vous afin d’interpeller M Jean Ping sur les situations respectives de leur pays. Le discours sagement orchestré du diplomate céda rapidement sous les questions pressantes des protagonistes : pourquoi l’Union Africaine n’intervient pas ? Pourquoi l’Union Africaine n’applique pas ses résolutions ? Pourquoi ? Il fallut alors manier avec dextérité une langue de bois, somme toute un diplomate. Toutefois M le Président s’est illustré sur quelques réparties. Ainsi, un jeune homme remarquait « l’indécence de la presse française envers les politiques africains ». Et si cette indécence s’étendait à d’autres médias, et tout particulièrement africains ? La production de l’information sur le continent souffre en effet de nombreux prismes occidentaux. Rappelons que le continent ne possède pas d’agence de presse et que les médias sont loin de maîtriser la chaîne de production, ni même la circulation de l’information. D'autre part, la situation libyenne fut évoquée. L’Union Africaine semble embêtée alors que son programme pour la stabilité et la paix en Lybie fut interrompu par les frappes occidentales, consenties par les trois membres africains du Conseil de Sécurité, acte contredisant le joli discours. Surtout, l’Union Africaine craint un retrait précipité des Occidentaux et d’être seule dans un pays dévasté, une seconde Somalie…
Mon compte-rendu

#Nuitsujet "Dégage !"

« Dégage ! » C’était le mot d’ordre de la #Nuitsujet, collaboration bien sympathique du site web Owni et de la Radio Nova. Six heures d’une émission dans une ambiance bon enfant, une playlist musicale séduisante et bien sûr, un thème général lié au « Printemps arabe », Internet et toute une panoplie de termes geek… Différentes interventions se sont succédées avec des petits noms d’Owni mais aussi des universitaires, des activistes, de Chine, de Guadeloupe, de Tunisie et d’ailleurs, en français, en anglais et quelques mots d’espagnol. Un traitement de l’information décalé, sérieux, toujours pertinent qui évoluait au gré de l’éthylotest de l’application Owni. Des répliques qui font mouche comme « Internet, c’est surtout des vidéos de chats » de Vincent Glad. Bref, une très belle expérience radiophonique, à réécouter !

Colloque - Le journalisme, une activité collective

Pourquoi, par demi-journée d’un colloque donné x, la première communication est plus qu’approximative, longuette et perturbe l’ensemble de l’horaire prévisionnel ? Pourquoi tant d’actes de préséances parmi le fabuleux monde de la recherche ? Accordé, le « Tu pourrais au moins écouter la réponse que je te donne » du maître à l’élève était particulièrement exquis.
Ce que j’ai retenu : Sidonie Naulin remporte haut la main cette matinée avec une prestation discrète, rigoureuse et de qualité. Elle s’attache au journalisme gastronomique et au tissu de relations dans lequel s’inscrit cette activité. Elle introduit une question de genre entre deux mondes masculins (les chef-cuisiniers et les journalistes) et un domaine féminin, les attachés de presse. La communication de Christophe Gimbert questionne et prolonge la notion d’amateurs avec la figure du correspondant local de presse. Toutefois le chercheur s’endurcit face au public très parisien de la salle. Les deux autres communications décevaient avec quelques extrapolations hasardeuses, une faible rigueur. En définitive, le journalisme semble surtout se passer de public…

Café géopolitique - "WikiLeaks" bouleverse-t-il la diplomatie mondiale ?

Continuons la série des révisions avec ce café géopolitique consacré à WikiLeaks. Un café géopolitique où l’on ne peut s’asseoir : WikiLeaks déchaîne les passions. Le sujet est néanmoins difficile. Les invités expriment leur opinion plus qu’ils ne peuvent avancer quelque argument. Plus d’1h30 consacré à un débat de surface, ce café géopolitique a permis de recenser nos fantaisies sur le sujet y compris dans les plus hautes sphères de l’IFG.
Ce que j’ai retenu : Au cours de ces deux heures, Rémy Ourdan, Jean-Christophe Rufin et François Nicoullaud ont tenté de ré-inscrire le débat avec des termes plus mesurés, plus pragmatiques. 1- La publication des câbles de la diplomatie Etats-unienne est issue d’un travail de journalisme et non du site web WikiLeaks et de son équipe. La source est certes plus spectaculaire par la quantité et par son intermédiaire mais la responsabilité des écrits (vérification) et de la protection des personnes citées revient aux rédactions des journaux. 2- Qu’est-ce que le secret ? Quelques perles ont surgi de ces mémos mais aucune analyse géopolitique ne s’est effondrée. L’intérêt réside dans ces portraits de dirigeants, d’hommes politiques. Le secret est nécessaire pour quelques mémos d’ordre opérationnel dans des situations très précises (prise d’otages). 3- WikiLeaks est une action citoyenne qui utilise les méthodes de transgression de son temps (Internet, cryptage) afin de répondre à un idéal, ici, la liberté d’informer. « WikiLeaks » bouleverse-t-il la diplomatie mondiale ? Clairement non !

Projection - débat autour des médias

Retour à la Maison Mère avec un invité de prestige, M Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique pour un sujet qui lient médias et activisme. Le ton était pédant et donneur de leçons mais après tout, qui est-on pour juger du haut de ses petits 23 ans alors que ces messieurs nous ont offert d’éventuels arguments et exemples pour nos partiels. Soyons pragmatiques ! 
Ce que j’ai retenu : Le film José Bové et le cirque médiatique rappelle à l’assistance qu’à une certaine époque, curieusement pas si lointaine, José Bové était un personnage médiatique. C’était un élu des journalistes, choisi pour ses moustaches et son côté gaulois, ses réponses un peu bourrues. Mais voilà, ces mêmes journalistes ont un jour décidé de démonter son personnage. Dans ces circonstances, la Confédération paysanne ou l’alter-mondialisme ont-ils gagné d’une telle médiatisation ? au prix de quelles concessions ? Serge Halimi et Pierre Rimbert sont deux intervenants pessimistes lassés de la critique des médias sans toutefois parvenir à surpasser l’exercice. L’assistance n’a pas toujours approuvé mais a construit un riche débat. Je rendrais peut-être justice à deux intervenants : La première est apprentie journaliste et s’inquiétait des formats et formatages : « Alors remettez-en question les contraintes que l’on vous impose. », faisons la révolution petits bac + 5… ; le second apportait la question de référentiel commun au débat et c’était fichtrement pertinent mais M Halimi refuse de regarder le JT de 20h sur TF1… Déception toujours, le débat s’est conclu par cette charmante déclaration « Les articles du Monde diplomatique sont lus par quelques uns qui à leur tour les expliqueront avec des mots plus simples à d’autres. » pour laquelle je suis restée pantoise. Mais je terminerais par une autre citation qui m’a ravi et qui ne cesse de titiller ma réflexion « Le pouvoir des médias, c’est dérober des informations à l’espace public. » (M Pierre Rimbert).

Un film : Sound of Noise

film suédois d’Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson, sorti le 29 décembre 2010 par chez nous 

Keep The Beat by ~cattishfish
La ville et son brouhaha, ce murmure continuel de la circulation, les talons de ces dames, le camion de poubelle et la collecte du verre, le klaxon des heures de pointe, ton voisin et son zim-boum-boum ce matin dans le tramway. Aspirer au calme de la campagne… le bruit caractérise-t-il nos villes ? 

Et si ces bruits pouvaient produire des sons, les sons qui composent une œuvre musicale. Pour cette joyeuse bande de six percussionnistes, la ville est un vaste terrain de jeu d’une œuvre en quatre temps. Quand à l’inspecteur à leur trousse et son ouïe hypersensible, il déteste la musique. 

Sound of Noise est un film plein d’humour avec une petite touche de poésie. Un film suédois mais pas du maître Bergman, tu peux donc espérer comprendre quelques morceaux (non, je n'ai pas pu tenter Adieu Falkenberg). Le film fut tourné à Malmö, ville phare du projet transfrontière Öresund, entre la Suède et le Danemark. C’est un film pour toi qui aime écouter la pluie qui bat dehors et pour ceux qui connaissent le son des passages piétons en Suède.

NB : Avant ou après, il y a aussi le court métrage Music for One Apartment and Six Drummers, plutôt après tout compte fait.

Sans surprise

Face aux maigres dépêches sur les élections présidentielles burkinabé, je souhaite dresser quelques commentaires fondés sur ma courte expérience d’apprentie journaliste au Burkina Faso. 
Sans grande surprise - la participation 

1 778 693 de personnes se sont déplacées afin d’élire leur nouveau président, dans un pays de 14 millions d’habitants. Certes « le scrutin était plié d’avance », formule récurrente de la presse ; surtout les Burkinabè ont une culture politique très faible : ils ne connaissent pas leurs institutions. Leur faible mobilisation au cours de la campagne électorale cet été était manifeste.

La question du rapport entre le nombre de votants et le nombre d’inscrits est, en revanche, plus inquiétante. S’inscrire sur les listes électorales demande un effort réel. Il est donc illogique de s’inscrire puis de renoncer à ce droit de vote. Plus certainement, l’impression des cartes électorales et de la Carte Nationale d’Identité (CNI) n’a pu être assurée à temps. La question était soulevée cet été. Il s’agit d’une grave carence pour un régime « démocratique ». 

Sans grande surprise – la réélection de Blaise Compaoré 

80,2% des voix au premier tour, il ne laisse guère de marges à ses rivaux. Je fus plus surprise par le second score de 8,2% qui revient à Hama Arba Diallo et non au Me Sankara, arrivé second lors des élections de 2005. Celui-ci m’avait semblé plus actif sur le front médiatique au cours de l’été 2010.

Est-ce qu’il y a eu fraudes ? Je ne peux pas me prononcer. Néanmoins, les résultats ne me paraissent pas si improbables. Les candidats dits d’opposition sont en réalité des hommes politiques opportunistes qui aimeraient bien approcher ce pouvoir, cette richesse. Ils n’ont pas de programmes politiques et aucune piste pour ne serait-ce que maintenir un niveau de développement au Burkina Faso. Dans ces conditions, le bilan négatif du dernier quinquennat Compaoré (sur des critères européens mais nullement burkinabé) n’est pas un obstacle à une réélection. De plus, avec une participation si faible, il est bien difficile d’évaluer qui a voté. 

Si les fraudes étaient avérées, elles traduiraient une défiance du pouvoir envers la population burkinabé. Elles n’étaient nullement nécessaires pour assurer une victoire à Blaise Compaoré au soir du 21 novembre 2010. Plus que nos critères démocratiques occidentaux, elles questionneraient une relation en voie de détérioration et introduiraient un malaise dans la vie politique burkinabé. 



Sans grande surprise – les discours 

Ainsi, il est nécessaire de dépasser notre réaction première : « Mais ils se payent notre tronche ?!? » et éviter les prises de position tranchées. Non, il ne revient ni à l’Union Européenne, ni à la France d’imposer sa vision de la démocratie au Burkina Faso, d’imposer un autre homme à la tête de ce pays (elles seraient d’ailleurs bien embêter pour en trouver un). La solution prônée comporte deux biais éthiques importants : les Européens ne peuvent imposer un régime politique sur ce territoire africain ; et secondement, les Burkinabè ne peuvent pas attendre de ces puissances extrarégionales leur salut. C’est aux Burkinabè de choisir la démocratie, de l’apprivoiser, de l’assimiler ou non. Qui ne dit mot consent. Certes, l’Union Européenne et la France auraient pu montrer leur désapprobation. Est-ce un silence complaisant ? Il est avéré que les Français tout comme les Européens ont des intérêts dans la région. Et oui, la stabilité est préférée. C’est vrai, faut-il culpabiliser ?

La démocratie n’existe pas au Burkina Faso. Les Burkinabè ont tous les ingrédients (multipartisme, liberté d’expression, élections libres, etc.), les fiches techniques pour chacun de ceux-ci, la recette globale. Mais le package ne prend pas encore. Mais qui sait il prendra peut-être un jour !

Café Géopolitique - Les mondialisations font-elles un seul monde ?

Les premiers rendez-vous Café géopolitique de l’année sont souvent pluvieux. Et au Snax Kfé, la salle sent vite le chien mouillé mais la discussion, plus intime, est plus dynamique que dans ce majestueux amphithéâtre de la Société de Géographie.
Ce que j’ai retenu : Christian Grataloup et Sylvain Kahn sont deux intervenants optimistes et la mondialisation heureuse. Tous deux formés à l’histoire, leurs analyses sont pertinentes et loin des idées reçues. L’assistance n’a pas pu échapper au petit déjeuner de M Grataloup que connaissent tous ses étudiants. Petite découverte, il est aussi un très bon commerçant. Malgré son expérience de journaliste, M Kahn n’était pas très synthétique et n’a pu nous développer son troisième point : dommage, il était question d’espace public mondial. Par ailleurs, il a reconnu le rôle essentiel de la communication dans ces processus de mondialisation et d’internationalisation. Et nous retiendrons la remarque de M Grataloup : la mondialisation actuelle est plus poussée que les précédentes parce que nous sommes plus nombreux, les échanges plus denses. C’était un café géopolitique sans géopoliticiens ou géopolitologues et ça fait du bien ! Pas d’arguments ad hominem, pas de piaillements stériles, ce qui engendre un débat sain parmi l’assemblée avec une intervention très remarquée sur l’électricité. Je crois que nous n’avons ni répondu ni tenté de répondre à la question de départ : Les mondialisations font-elles un nouveau monde ?
Mon compte-rendu

Detroit - la leçon de géographie d’Eminem

     Au sein de la littérature urbaine, les études sur la ville globale sont nombreuses depuis les années 1990. Si en France cette thématique est traitée par les géographes, les études américaines sont portées par les sociologues. Ainsi, John Friedmann, Goetz Wolff et Saskia Sassen établissent des liens entre la position d’une ville sur le plan international et certaines fonctions : centres financiers, localisation des sièges des multinationales, services aux entreprises à haute valeur ajoutée (publicité, comptabilité, services juridiques, assurances, etc.). Durant la décennie 90, les chercheurs s’intéressent aux villes globales New-York, Londres et Tokyo ainsi qu’aux villes mondiales Paris, Frankfurt, Toronto…

     En parallèle, des maires, sensibles à cette littérature, instaurent des politiques afin de grappiller quelques places au classement. L’actuel maire de Berlin, Klaus Wowereit, s’inscrit dans cette tendance. Les villes de Shanghai et Toronto ont aussi profité de politiques urbaines comme le labelling, l’accueil d’événements internationaux (coupe du monde de football, jeux olympiques, exposition universelle, etc.), la promotion d’une politique culturelle importante, la construction de quartiers résidentiels de haut standing.

     Detroit, « capitale de l’automobile » était-elle une ville mondiale dans les années 1960 ? Cette ville du Michigan accueille l’industrie automobile états-unienne voire mondiale. Ici arrivent les matières premières et des produits semi-manufacturés. De là repartent les produits finis. Ford, GM et Chrysler s’implantent dans la région. Les pouvoirs locaux appuient cette économie en protégeant les travailleurs. Cette politique sociale est complétée par l’union des travailleurs, une des plus puissantes aux Etats-Unis.
     Mais dans les années 1970, une crise économique touche le secteur automobile : le marché américain est saturé, les prix de l’énergie augmentent. De plus, l’organisation du travail peut à présent bénéficier d’avantages comparatifs en délocalisant, sous-traitant certaines tâches géographiquement grâce à un coût de transport réduit. Détroit devient la ville américaine où « l’on ne veut pas aller » : c’est une ville industrielle, il fait froid, il est impossible de s’y déplacer sans voitures, c’est la capitale du meurtre, de grandes émeutes s’y produiront en 1967 et 1984.
     Aujourd'hui, Detroit représente une ville ouvrière où les habitants sont peu élégants mais efficaces (Beverly Hills Cop). Detroit symbolise aussi ces villes ignorées par les recherches urbaines concernant les villes globales. Pourtant celle-ci aurait à enseigner sur cette course à l’étiquette « ville mondiale ». Detroit résume les critiques portées à cette littérature des villes globales.

     Le clip du titre Beautiful d’Eminem rend hommage à cette ville chère au rappeur.


Bibliographie sélective :
FOREIGN POLICY, KEARNEY A. T., THE CHICAGO COUNCIL ON GLOBAL AFFAIRS, (2008), The 2008 global cities index, p 68-76, in Foreign Policy, November-December 2008
FRIEDMANN John, (1986), The World City Hypothesis, p 67-71, in The global cities reader, Routledge: London
FRIEDMANN John, WOLFF Goetz, (1982), World City Formation: An Agenda for Research and Action, p 57-66, in The global cities reader, Routledge: London
LES RENCONTRES INTERNATIONALES, (14 octobre 2009), Detroit au travers du cinema, ENS: Paris
SASSEN Saskia, (1996), Cities and Communities in the Global Economy, p 82-88, in The global cities reader, Routledge: London
SASSEN Saskia, (2002), Locating Cities on Global Circuits, p 89-95, in The global cities reader, Routledge: London

Welcome to Stockholm's Arlanda-airport

     Nils Holgersson est un jeune garnement de 14 ans transformé en tomte alors qu’il multiplie les bêtises dans la ferme de ses parents. Martin Jars est le grand jars blanc de la ferme et à chaque printemps, les prétentieuses oies sauvages le narguent lors de leur remontée vers la Laponie. Cette année, il est bien décidé à rejoindre le vol d’Akka de Kebnekaïse et ce, même en compagnie de cet affreux chenapan. Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède est un ouvrage écrit par Selma Lagerlöf, répondant à une commande de l’éducation nationale. L’initiative rappelle Le Tour de la France par deux enfants d’Augustine Fouillée.

     Découvrir la Suède à dos d’oie est somme toute agréable ! Les paysages se déroulent sous vos pieds. Les légendes de chaque terroir vous sont contées par les plus vieilles oies, ces baroudeuses. Ces contrées nordiques, froides et stériles, terres d’Ikea et d’HM se dévoilent du Sud vers le Nord. Selma Lagerlöf utilise l’arbre afin de définir des ensembles physiques cohérents : un climat, un sol, un couvert végétal, un régime hydrographique associé à une morphogenèse. Les occupations humaines traduisent les diversités du sol, du relief, l’existence de saisons intermédiaires, etc. comme un semblant d’harmonie si propre à l’idylle suédoise. Seule la ville de Stockholm est décrite.

     Quelque illustration : Il était une fois… un géant qui aimait se rendre à la pêche. Le Blekinge se situe au Sud de la Suède aux bords de la mer Baltique. Afin d’approcher cette mer si riche en saumons, le géant empruntai un escalier de trois marches < des failles pardi > aux paysages distincts. La première marche est constamment balayée par les vents du Sud. Le sol composé de moraines en est profondément altéré et la végétation qui souffre également de l’apport de sel est halophile et xérophile. Un cordon côtier résiste néanmoins avec ces arbres et arbustes rabougris – le port en drapeau. La seconde marche est celle de la transition, c’est donc la plus riche mais aussi la plus fragile (un peu comme un estuaire entre fleuve et mer). Les glaciers se sont attardés sur la troisième et dernière marche. Ils y ont déposé leurs moraines constituant un sol épais, moutonné, percé de quelques lacs. La forêt y a prit ses aises. A la fin de sa vie, le géant se déplaçait fort mal. De rage, il lança un jour d’énormes blocs de pierre qui composent aujourd'hui ces îlots de la côte du Blekinge. C’est pourquoi, les saumons si effrayés remontèrent les cours d’eau – les fjords

     L’écriture est fluide, le ton pertinent, le voyage est passionnant. Et c’est ainsi que je rejoins ma terre d’accueil, la Suède et le département de géographie humaine de l'université de Stockholm.

Bibliographie sélective :
BRUNET Roger dir., (1995), Géographie universelle : Europe médiane - Europe du Nord, Reclus-Belin : Montpellier
LAGERLÖF Selma, (1906), Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, traduction française chez Actes Sud
COSMOPOLIS, (du 4 au 17 février 2008), La Quinzaine nordique, Cosmopolis : Nantes