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300 mots et une sélection de références autour d'un sujet géographique

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Journaliste en vadrouille sur les routes de France et de Navarre

Café géographique - Quel littoral pour le Languedoc-Roussillon d'ici à 2050 ?

Nouvelle ville, nouveaux cafés géographiques. Les géographes montpelliérains se retrouvent au café Riche. Ce soir, le match de football de Ligue des champions pressait le débat. Deux heures et demie tout de même… où le mot scénario cherchait son pluriel.
Ce que j’ai retenu : Il était question de prospective et donc d’une méthodologie peu employée dans les recherches académiques. Régis Morvan partageait volontiers ses outils à la table des discussions. Le public appréciait. En revanche, peu d’images ont filtré de ce littoral d’ici à 2050. La direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement a conduit cette étude comme une aide à la décision : « si vous souhaitez cela, très bien, mais il va falloir vous bouger ! ». Une étude peu sexy qui s’est intéressée à un territoire nouveau, l’agrégation des communautés de communes côtières au sein de la région administrative. Pourquoi la Dreal a jugé bon de dessiner ce territoire ? Pour sa propre analyse, pour coller à un espace vécu, pour offrir une nouvelle circonscription à des stakeholders… L’ensemble des travaux de la Dreal sont consultables ici.
Mon compte-rendu


Radio kom.post

La rentrée radiophonique rend parfois morose. C’est comme ça. Les émissions ont un goût de déjà entendues. Votre émission fétiche reçoit Untel déjà entendu au sujet de la géopolitique du football, du conflit syrien et d’une cartographie des élections législatives en France depuis la Seconde Guerre Mondiale. A croire que les carnets d’adresses virtuels prennent la forme d’un réseau bien hiérarchisé.

Le star-system a encore eu la peau d’une ou deux émissions par grille d’antennes nationales. La diversité de l’expression radiophonique en prend pour son grade.

La nostalgie des radios libres nous gagne alors… Un peu comme un universitaire et mai 68. Que l’on n’a pas connu. Mai 68 comme le temps des radios libres. Oui, grossière erreur ! Ne parlons même pas de pousser le vice à assister, voir participer à un piratage éphémère et local des ondes.

Pirater mais pour dire quoi, pour faire quoi, pour diffuser quoi ?

Mouais, on y réfléchira un autre jour. L’expérience de Radio kom.post était désillusionnante : pirater pour nous proposer trois émissions cérébrales et nombrilistes.

What a Hundred Million Calls to 311 Reveal About New York
La radio piratait depuis La Panacée, à Montpellier dans le cadre d’une exposition intitulée Conversations électriques. La majorité des œuvres sont des cartes ou comportent des indications de lieux. La conversation qui n’implique par définition que des personnes est représentée par des paysages, par des lieux connectés. 

Chose curieuse mais qui ne nous paraît pas déraisonnable.

Ce n’est pas nécessairement une lubie d’artistes. Nos premiers mots sont souvent « tu es où ? », le téléphone portable au creux du cou.

Mais c’est remarquable.

Les Etats-Unis sont plus grands à l'Est qu'à l'Ouest

Le 4 juillet 2013, 19 heures, accompagnée d'un Zoom H4
Les États-Unis, c'est grand ! L'Etat Nord-américain s'étend en effet, sur 57 degrés de longitude. Il n'a pas été facile de s'accorder sur un temps standard.

Au XIXe siècle, il existe plus d'une 100aine d'horaires sur le territoire... Seulement les trains doivent arriver à l'heure ! Les gens délaissent alors l'église et la mairie et se conforment à la gare. Mais il existe plusieurs compagnies de chemin de fer aux États-Unis... Sinon, ce ne serait pas drôle !

Imaginez la gare de Buffalo : trois horloges. Le temps local, le temps de New York et le temps de Chicago.

Pour préciser un peu les choses... Chaque compagnie de chemin de fer a uniformisé, sur son réseau, l'horaire de ces trains... quelque soit l'étendue du réseau. Et cette heure correspond à l'heure du bureau central.

Dans ces conditions, difficile d'attraper sa correspondance... Et puis il devient aussi de plus en plus hasardeux d'aiguiller tous ces trains et d'éviter les collisions.

Il est temps de se mettre d'accord... Alors deux mouvements :

D'abord, un monsieur tout seul, Charles F Dowd. C'est un enseignant de New York. Il propose de découper le continent Nord-américain, comprenez les États-Unis et le Canada, en quatre bandes de 15 degrés de large.

De l'autre côté, nos compagnies ferroviaires toujours... Elles organisent des réunions communes afin de proposer une convention sur les horaires. C'est l'ancêtre de l'American railway association.
En 1883, ces patrons n'y tiennent plus et reprennent le plan de Dowd. Le jour même, les principales villes du pays adoptent ce nouveau système.

Il faudra attendre trente-cinq années, pour que le gouvernement fédéral officialise tout ça... Cette loi est une demande des compagnies ferroviaires car elles ne réussissent pas à se mettre d'accord sur les limites des quatre fuseaux.

Au début, il arrivait que le fuseau divise une grande ville en deux. Premier point...

Second point, les embranchements entre réseaux ferroviaires. Si ces fuseaux horaires pouvaient servir nos compagnies, ce serait mieux...

Il y a aussi l'heure d'été et l'heure d'hiver... C'est un joyeux bordel jusqu'en 1966.
L'heure d'été est utilisée durant les guerres mondiales pour économiser du charbon. Mais entre ces deux moments, chacun est libre de faire ce qu'il veut... chaque municipalité, comté et parfois, État. Si l'utilisation d'une heure d'été est décidée sur le territoire, reste encore à se mettre d'accord à quel moment doit-on avancer ou reculer nos montres...

Aujourd'hui encore, nous en avons un petit souvenir laissé par là, dans le coin, à gauche... L’État de l'Arizona n'a pas d'heure d'été... Sauf sa réserve de Navajo.


Le plan initial a bien changé. Il est assez remarquable que les fuseaux du centre et de l'est prennent beaucoup de place par rapport à l'heure pacifique et l'heure de la montagne. L'Est, c'est agrandit... C'est à l'époque le cœur économique du pays... Les compagnies ferroviaires tirent toujours plus loin à l'Ouest. Si elles avaient pu, elles auraient imposé l'heure New Yorkaise à Chicago.

Géographie des jardiniers

Et pourquoi pas. Parce qu’on ne peut pas faire de la géographie sur tout ? … Peut-être… En l’occurrence, celle-ci existe. Elle n’est pas anglo-saxonne à proprement parler. Mais nous vient de l’Australie. Bref ! Au cours d’une pérégrination estivale, j’ai poussé la porte d’un jardin de la Brière, le jardin du marais. Là-bas, il est fort difficile de déambuler au calme de la nature. Non il faut faire avec le jardinier. Un poème à lui tout seul. Un jardin, son jardinier ou plus sûrement ses jardiniers.
 Imperial Gardening Commander by © Balakov
Imperial Gardening Commander by © Balakov

Évidemment, il faut commencer par définir son objet de recherche. Les géographes australiens se sont souciés du jardin, en ville. En même temps, ils n’ont pas tout à fait tort puisqu’ils surfent ainsi sur nos préoccupations bien vertes : les espaces verts, la trame verte, le corridor écologique ou biologique… Et le vert en ville, c’est d’abord des jardins, pour environ la moitié du vert. Tout dépend de quelle ville on parle me direz-vous ! Et les jardins s’étalent à peu près, sur un tiers de la surface totale d’une ville (très occidentale, voire très anglo-saxonne). Donc ce n’est pas non plus un petit objet de recherche anodin… On l’a même taillé. En plus de le débarrasser du jardin à la campagne, on lui a confisqué les jardins publics, parcs et squares en tout genre mais surtout les jardins ouvriers. Un jardin est donc un terrain attenant au domicile (propriété ou location), souvent clos. Attention, le jardinier n’est pas toujours le propriétaire du jardin ! Ce serait trop facile. 

Les jardiniers qui ont eu l’honneur de recevoir la visite de nos géographes australiens sont surtout des migrants. Pourquoi ? Parce que tout comme il est plus facile de s’intéresser aux jardins, en ville, dans un pays très urbanisé ; il est tout autant commode d’interroger des migrants dans un pays façonné par les migrations. Et puis après tout, la comparaison est une méthode éprouvée. Alors pourquoi ne pas explorer ce thème en comparant un jardin grec à un jardin vietnamien. 

Côté méthodes, on emploie l’entretien semi-structuré, l’observation des jardins, la photographie, la cartographie. A noter que le jardinage est marqué par les saisons. Attention à ne pas comparer une population en plein hiver, l’autre au printemps. Il y aura comme un biais.

Notre jardinier est souvent une jardinière ! Contrairement au jardin ouvrier… il était donc peut-être tout à fait légitime de le sortir de l’objet de recherche. Mais Monsieur n’est pas non plus personne non grata dans son jardin. Pourquoi jardine-t-on ? Pour se faire plaisir, pour pratiquer une activité physique, pour se recueillir… Ceci est une vision assez occidentale : le jardin est un espace récréatif, un espace de loisir. Avec une évolution vers la passivité. Les deux paramètres à concilier sont la valeur esthétique et l’entretien facile.

Chez les autres, c’est un peu différent. D’abord, le jardin produit. Il produit tout ou partie des légumes, des fruits et des herbes. Parce qu’acheter frais, c’est cher mais aussi parce qu’on ne retrouve pas toujours ses aliments préférés dans un nouveau pays. Alors l’arbuste qui fait de jolies fleurs, l’arbre qui fait de l’ombre ou la plante qui sent bon, c’est pour devant ! Il y a très souvent une différence d’attention entre le jardinet devant et le jardin à l’arrière de la maison. Le jardinet fait beaucoup dans l’apparence. Ici, faire « australien », montrer sa volonté d’intégration dans ce nouveau pays. Mais à l’arrière, c’est un autre monde. Le jardin peut être une reproduction de ce que l’on a laissé derrière soi. Il y a une certaine nostalgie. Comme un musée. Parfois les choses sont un peu idéalisées. En particulier, lorsque la migration est brutale (conflits, dictatures). La plupart des Vietnamiens par exemple, n’avaient pas de jardin au Vietnam. Ils construisent un mythe. Le jardin sert aussi à cultiver d’autres marqueurs identitaires : la cuisine bien sûr ou encore l’utilisation de plantes médicinales. Enfin, une chose que l’on ne change rarement lors de sa migration, c’est sa religion. Or les bouddhistes et les hindouistes pratiquent la méditation et le recueillement au quotidien. Le jardin peut donc devenir un espace sacré, avec ses statues. Plus sûrement, le jardin produira des offrandes que l’on offrira aux dieux ; ce sont des fruits, des fleurs.

Un jardin, c’est un jardinier ou une jardinière ou les deux, ou plusieurs. Et je laisse à d’autres le débat : nature ou culture ?


Bibliographie sélective :
CAMERON Ross WF, BLANUSA Tijana, TAYLOR Jane E, SALISBURY Andrew, HALSTEAD Andrew J, HENRICOT Béatrice, THOMPSON Ken, (2012), “The domestic garden – Its contribution to urban green infrastructure”, p 129-137, dans Urban Forestry & Urban Greening, Vol 11
DOMENE Elena, SAURI David, (2007), “Urbanization and class-produced natures: Vegetable gardens in the Barcelona Metropolitan Region”, p 287-298, dans Geoforum, Vol 38
GRAHAM Sonia, CONNELL John, (2006), “Nurturing Relationships: the gardens of Greek and Vietnamese migrants in Marrickville, Sydney”, p 375-393, dans Australian Geographer, Vol 37 n° 3
HEAD Lesley, MUIR Pat, HAMPEL Eva, (2004), “Australian Backyard Gardens and the Journey of Migration”, p 326-347, dans The Geographical Review, Vol 94 n° 3
KIRKPATRICK JB, DANIELS GD, ZARGORSKI T, (2006), “Explaining variation in front gardens between suburbs of Hobart, Tasmania, Australia”, p 314-322, dans Landscape and Urban Planning, Vol 79
MAZUMDAR Shampa, MAZUMDAR Sanjoy, (2011), “Immigrant home gardens: Places of religion, culture, ecology, and family”, p 258-265, dans Landscape and Urban Planning, Vol 105
POWER Emma R, (2005), “Human – Nature Relations in Suburban Gardens”, p 39-53, dans Australian Geographer, Vol 36 n° 1

Aujourd’hui, un agriculteur ardéchois empoche un million d’euros* chaque année, au nom des sources de la Loire

© vincentfavre
The winter ends... by © vincentfavre
Situation qui perdure depuis 2003. 

* Un million n’est qu’une estimation, probablement un peu élevée d’ailleurs puisque la fréquentation du site est estimée à 500 000 visiteurs par an, l’accès au site est de 2 euros par personne. Mais qui accepte de payer un droit d’entrée sur les sentiers du mont Gerbier de Jonc ?

En vérité, toute cette histoire est une histoire d’hommes. Les Egyptiens furent forts désappointés apprenant que leur Nil ne prenait pas sa source sur leur vaste territoire. Les Ethiopiens ont par la suite jalousé un Nil blanc, rabaissant leur Nil bleu au rôle de source secondaire. Et ce Nil blanc est-il issu du lac Victoria, vaste pièce d’eau aux rives divisées par trois Etats ? Rien n’est moins sûr et le Rwanda s’enorgueillit de posséder LA source du grand fleuve africain. 

La Loire, c’est pareil. A plus grande échelle. Ici les familles Ceyte et Champel parmi d’autres, mènent leur combat pour authentifier, attester, légaliser, certifier un filet d’eau. Les communes de Sainte-Eulalie et de Saint-Martial s’en frottent les mains. Qui récupéra les sources de la Loire ? 

Dans l’agitation qui règne depuis la fin du XIXe siècle en ces contrées ardéchoises, Monsieur René Ceyte a décidé, par un beau jour de printemps 2003, d’installer clôtures électriques et tourniquet autour des sentiers du mont Gerbier de Jonc. Tourniquet qu’il a largement déplacé, histoire d’agacer un peu plus Monsieur Champel lui-même propriétaire d’un restaurant qui avait donc, auparavant, pignon sur le sentier. Monsieur Ceyte a, pour compléter son plan, installé une caravane et réclame pour la montée du mont, une participation de deux euros. 

Monsieur René Ceyte est agriculteur, que dis-je, un homme d’affaires… Le Monsieur est certes propriétaire de la majorité des terrains agricoles que constituent le mont (le second propriétaire étant la mairie de Saint-Martial) mais aussi d’un restaurant, d’un gîte d’étape, etc.. 

Le mont Gerbier de Jonc est donc privé, il est vrai. Est-il protégé ? Si on veut… affaire de jugement. Le site ainsi que les sources de la Loire sont répertoriés ZNIEFF, niveau 1. En français dans le texte : Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique. Bien entendu, le niveau 1 est le plus faible. Ce zonage n’a aucune valeur juridique, ce n’est pas moi qui le dit mais le gouvernement lui-même : ici. Le propriétaire d’un terrain en ZNIEFF n’a aucune obligation d’ouvrir au public cette zone d’intérêt. Monsieur Ceyte pourrait refuser l’accès au mont Gerbier de Jonc. Par chance, Monsieur Ceyte aime rentabiliser les choses. Il pourrait donc installer une (des) antenne(s), une éolienne ou que sais-je, quelque chose lui rapportant de l’argent, au sommet du mont ? Oui, il le peut. Par bonheur, le sommet du pain de sucre est peu abordable aux véhicules. A quoi sert cette fichue zone d’intérêt ? En théorie, à réaliser un inventaire des espèces remarquables. Elle n’a donc qu’une valeur scientifique. Et au vu de son dernier catalogue, ici, peu de scientifiques sont venus se perdre sur le plateau ardéchois, ou, les propriétaires concernés ont refusé l’accès à la zone protégée. Monsieur Ceyte reçoit-il de l’argent, rapport à cette zone remarquable ? Non, aucunement. 

Evidemment, la situation ne plaît pas trop à nombre d’acteurs locaux, autres que Monsieur Champel. Et puis à nombre de visiteurs par la même occasion. C’est d’ailleurs un des rares sommets français, si ce n’est le seul, payant. Les sites « naturels » remarquables ne font d’ailleurs pas l’objet d’un droit d’entrée en France. C’est le parking qui est payant ! 

Il y a déjà eu des poursuites judiciaires. Les juges ont estimé que le péage ne renfermant pas l’ensemble des sources de la Loire, il pouvait se maintenir. Il y a d’autres projets. Le plus médiatisé reste celui du Conseil général mais il est encore loin de sa phase de réalisation ! Si la situation perdure, c’est principalement le fait d’un accord entre deux hommes Monsieur René Ceyte et Monsieur Alain Chauvy, le maire de Saint-Martial, autre propriétaire des terrains agricoles sur le mont. S’il est besoin de préciser, l’accord est opaque et nul ne sait où passe près d’un million d’euros chaque année.